Semestre de printemps 2025 - 2026
Caroline Marie
LUNDI 12h – 15h
Salle
Dans ce cours les étudiants analyseront chaque semaine une lettre extraite d’un roman ou d’une pièce de théâtre (littérature anglaise) et amélioreront leur maîtrise du commentaire composé. Au théâtre, la lettre est un objet matériel que les acteurs manipulent ou dissimulent. Dispositif énonciatif autonome intégré à la structure narrative ou dramatique, elle met en abyme le geste de l’écriture et l’acte de lecture. Figure de la circulation, elle peut permettre la communication, ou l’empêcher. Quelles sont les fonctions de la lettre dans une œuvre de fiction, de la simple note à la correspondance suivie en passant par le message, la déclaration d’amour, la farce, le piège ou la pièce à conviction ?
Les lettres commentées seront distribuées en cours ; l’œuvre intégrale aura été lue en amont. Œuvre à l’étude : Bram Stoker, Dracula (1897)
Langue des textes étudiés : anglais ; langue d’enseignement : français Cours validable comme EC libre ou EC découverte
Mode de validation : contrôle continu. Exposé sur une lettre de Dracula et commentaire composé d’un texte en anglais (3 heures).
Patrick Hersant
Champ littéraire
Lundi 15h – 18h
Salle
L’hypothèse ou la certitude d’une fin du monde, provisoire ou définitive, inspire la littérature depuis ses origines : l’épopée de Gilgamesh, dix-huit siècles avant notre ère, comporte déjà le premier récit de déluge connu. Mais le mythe de l’apocalypse et ses avatars en tout genre (discours et délires millénaristes, effacement de l’histoire, renversement de l’ordre humain) continuent de traverser l’époque moderne et de s’incarner sous les formes les plus variées et les plus baroques : ravages de la guerre, attentats du 11-Septembre, peur de l’an 2000, catastrophes naturelles, pandémies… La littérature française fournira l’essentiel de notre corpus, qui sera régulièrement étoffé par d’autres littératures, par les arts graphiques et par le cinéma.
Bibliographie
René Barjavel, Le grand secret, 1973
Mary Shelly, Le dernier homme, 1826
H. G. Wells, La machine à remonter le temps, 1895
Philip K. Dick, Blade Runner, 1968
Céline Minard, Le dernier monde, 2007
Céliner Minard, Tovaangar, 2025
Jean-Noël Lafargue, Les Fins du monde, 2013
Mode de validation : contrôle continu et devoir sur table (3 heures)
Patrick Hersant
Mercredi 15h30 - 18h
Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004
Le séminaire se déroulera en deux temps distincts – méthodologie et pratique – visant à établir les bases d’une « génétique des traductions », approche critique dont l’émergence coïncide avec une réévaluation de la créativité des traducteurs. Pour mieux comprendre comment naissent les traductions, on se penchera d’abord sur les documents de travail de traductrices et de traducteurs – biffures et permutations, ratures et repentirs, palettes et retouches exposent sur la page le processus de la traduction à l’œuvre.
Séances 1 à 6 : Découverte et analyse des documents de travail de quelques éminents traducteurs littéraires : notes préparatoires, brouillons, dactylographies, jeux d’épreuves, contrats, correspondances ; et présentation des outils méthodologiques nécessaires pour pratiquer une génétique des traductions.
Séances 7 à 12 : Déchiffrement collectif de la traduction française des sonnets de Shakespeare par François-Victor Hugo (1828-1873), premier traducteur français des œuvres complètes de Shakespeare. Une lecture de documents d’archive – lettres, souvenirs, traduction des sonnets – permettra de montrer Hugo au travail en examinant ses manuscrits, ses dictionnaires et ses ratures. Les manuscrits de la traduction seront mis à notre disposition par le Musée Victor Hugo, et les étudiants seront invités à les déchiffrer, à les transcrire et à les commenter.
Attention : nombre de places strictement limité à quinze étudiants : il est impératif de s’inscrire auprès de l’enseignant avant la première séance (le 28 janvier 2026). Mode de validation : exposé et devoir final sur table.
Claire Joubert
Salle
L’Inde est l’un des grands terrains des études comparatistes, et par là l’un des lieux d’émergence des conceptions modernes du langage, de la culture et de la littérature. Son histoire artistique plurimillénaire, son immense diversité culturelle et son multilinguisme ordinaire obligent d’eux-mêmes à pluraliser la lecture et à repenser les réflexes monolingues de l’histoire littéraire et de la poétique. Mais c’est le colonialisme européen qui a fait de l’Inde le point d’origine des sciences de l’altérité culturelle, avec toute l’ambiguïté de leurs fonctions de domination politique, dès les recherches orientalistes du XVIIIe siècle. L’Inde oblige donc aussi à une politisation attentive de la pensée de la littérature : elle demande de croiser l’étude des littératures avec celle des discours sur la littérature, qui sont toujours des idéologies de la culture.
En articulant une présentation de l’histoire littéraire indienne avec l’analyse textuelle d’œuvres situées à des points différents de la complexité indienne et une initiation aux postcolonial studies, l’objectif du cours sera d’apprendre à problématiser, par la comparaison, des concepts fondamentaux des études littéraires telles que « littérature » et « études littéraires » même, mais aussi « comparaison » et « traduction », « nation » et « culture ».
Un recueil des textes et extraits jalonnant plus de 2 500 ans de création littéraire, toujours présentés en traduction française, sera fourni en cours.
Mode de validation : note de lecture hebdomadaire + 2 travaux écrits
Claire Joubert
Vendredi 12h – 15h
Salle
Avec les transformations ultrarapides de la culture numérique qui se déploie dans les nouveaux médias, et les turbulences mondiales introduites dans l’université avec les nouveaux systèmes d’information (IA), le livre, la littérature, et les savoirs littéraires font ensemble l’objet d’une remise en question radicale. Le séminaire propose un parcours de lecture dans le paysage dynamique, et même polémique, où se négocient actuellement ces transformations dans l’ordre culturel.
Pour comprendre ce qui est en jeu, il s’agira de resituer les transformations actuelles dans l’histoire longue des cultures médiatiques, depuis l’invention de l’écriture jusqu’à celle du code électronique. Cette historicisation permet de répondre au parti pris présentiste qui domine les discours sur le numérique, et de ressaisir des savoirs critiques longuement construits en anthropologie, philologie, littérature comparée, histoire du livre et histoire des techniques, études culturelles et médiatiques. Un point focal de la réflexion se placera sur la question clé du passage des cultures orales aux cultures lettrées, qui a donné lieu à une relecture cruciale des théorisations de la différence culturelle et de l’universalisme dans la pensée européenne, sur fond d’histoire coloniale.
Cette perspective comparatiste sera articulée à la situation présente avec l’examen des innovations disciplinaires où les lettres cherchent à réinventer leur place, mais aussi leur force critique. L’étude se portera en priorité sur les Humanités numériques et la Recherche-création, dans l’actualité de la mondialisation culturelle.
Modalités d’évaluation : Lecture hebdomadaire, synthèse critique en fin de séminaire.
Premières indications bibliographiques
Cardon, Dominique. Culture numérique, Paris, P. de Sciences Po, 2019.
Finkestein, David, McCleery Alistair, The Book History Reader, London, Routledge, 2006.
Goody, Jack. The Domestication of the Savage Mind [trad. Bazin, Bensa, La Raison graphique], Cambridge, 1977.
Guillory, John. “Genesis of the Media Concept”, Critical Inquiry, 2010.
Hayles, N. Katherine. How We Think. Digital Media and Contemporary Technogenesis [trad. Degoutin, intro Y. Citton, Lire et Penser en milieux numériques, 2016], Chicago UP, 2012.
Hoggart, Richard. The Uses of Literacy. Aspects of Working Class Life, Penguin, 1957 [trad. La Culture du pauvre, Minuit, 1970].
Houdard-Merot, Violaine. Le Tournant créatif de la recherche, PUV, 2024.
Jaillant, Lise. Literary Rebels. A History of Creative Writers in Anglo-American Universities, Oxford UP, 2023.
McGann, Jerome. A New Republic of Letters. Memory and Scholarship in the Age of Digital Reproduction,Harvard UP, 2014.
Ong, Walter. Orality and Literacy. The Technologizing of the Word, Methuen, Londres, 1982.
Parry, Milman. The Making of Homeric Verse. The Collected Papers of Milman Parry, Oxford, 1971.
Said, Edward, Orientalism (trad. C. Malamoud, L’Orientalisme. L’orient créé par l’occident], New York, 1978.
Langue d’enseignement : français
Langue des textes étudiés : anglais majoritairement (+ traductions françaises quand elles sont disponibles)
Création critique : non