| u'est-ce
que voir en art ? Comment penser le voir dans notre relation ˆ une
peinture ou ˆ une installation lorsqu'on veut travailler dans une
anthropologie de l'art, c'est-ˆ-dire lorsqu'on regarde vers le pouvoir
que poss�de l'Ïuvre d'art de nous apprendre sur l'humain ? Dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde,
Georges Didi-Huberman pose la question du voir ˆ propos des Ïuvres
rŽalisŽes dans les annŽes soixante par Donald Judd, Robert Morris ou
Tony Smith, Ïuvres dites Ç minimalistes È en raison de leur
simplicitŽ apparente. L'historien fait du cube noir de Tony Smith,
intitulŽ The Black Box (1961), l'embl�me de la remise en cause de
deux tendances interprŽtatives du voir en art (en fait, de
Ç l'expŽrience visuelle È des Ïuvres), celle de la
Ç vision tautologique È repŽrŽe dans le Ç What you see is
what you see È de Frank Stella, et celle de la Ç vision
croyante È selon laquelle il y a toujours ˆ voir au-delˆ de ce
qu'on voit. Pour Georges Didi-Huberman qui se donne l'enjeu d'Ç une
anthropologie de la forme È, il s'agit de Ç dŽpasser È
[1] ce Ç mauvais dilemme È du visible en pensant le Ç point
d'inquiŽtude È [2] du voir, le moment o� travaille ce qui nous regarde,
nous concerne, dans ce que nous voyons. Si on accepte l'idŽe que
Ç donner ˆ voir, c'est toujours inquiŽter le voir, dans son acte,
dans son sujet È, que voir une Ïuvre est Ç une opŽration de
sujet È, on peut se demander sur quel plan travaille le trouble,
quel sujet est inquiŽtŽ Ð quelle thŽorie du sujet est proposŽe Ð, quelle
place est donnŽe au sensible, dans quelle relation le sensible se
trouve avec le langage dans cette thŽorie de l'art. Or, l'historien
choisit de penser le dŽpassement par la Ç dialectique È ou
Ç oscillation contradictoire È d'approches qui participent
toutes deux d'une m�me rationalitŽ : une vision de l'Ïuvre comme
objet signifiant, rŽservoir de sens. S'il consid�re
Ç l'entre È du sujet et de l'objet dans Ç l'acte de
voir È une Ïuvre, il n'interroge pas le voir dans cet
Ç entre È. Pour lui, le voir est un avoir de l'individu :
Ç voir, c'est sentir que quelque chose inŽluctablement vous
Žchappe È, Ç voir, c'est perdre È [3]. L'inquiŽtude du
sujet dans le voir s'av�re une expŽrience ontologique de la perte
Ç profŽrŽ [e] dans la langue È [4]. La Ç dialectique du
visuel È [5], alors m�me qu'elle se proposait d'y Žchapper,
continue le dualisme du sujet et de l'objet. PrŽdŽfini dans son
incomplŽtude mŽtaphysique, le sujet sait ce qu'il a perdu, sait ce qu'il
y a ˆ voir. Le sensible est rŽduit ˆ l'expŽrience phŽnomŽnologique et
trouve son complŽment dans le processus psychologique, tous deux
perceptibles ˆ travers le langage. Le langage n'intervient pas comme
part active de la question, son activitŽ n'est pas envisagŽe dans l'acte
du voir. L'Ïuvre sera l'ŽtrangetŽ comme trouble de l'�tre.
Georges Didi-Huberman s'appuie sur un passage d'Ulysse de
James Joyce pour dire l'Ç inŽluctable modalitŽ du visible È en
art comme Ç expŽrience du toucher È [6] et sentiment de
perte. Nous voudrions montrer que non seulement l'Ïuvre de Joyce ne peut
servir de base ˆ cette thŽorie de l'art, mais qu'elle en fait la
critique, qu'elle montre le voir de l'art comme invention de valeurs du
voir. InŽluctable modalitŽ du
visible : tout au moins cela, sinon plus, qui est pensŽ ˆ travers
mes yeux. Signatures de tout ce que je suis appelŽ ˆ lire ici, frai et
varech qu'apporte la vague, la marŽe qui monte, ce soulier rouilleux.
Vert-pituite, bleu argent, rouille : signes colorŽs. Limites du
diaphane. Mais il ajoute : dans les corps. Donc il les connaissait
corps avant de les conna”tre colorŽs. Comment ? En cognant sa
caboche contre, parbleu. Doucement. Il Žtait chauve et millionnaire,
maestro di color che sanno. Limite du diaphane dans. Pourquoi
dans ? Diaphane, adiaphane. Si on peut passer ses doigts ˆ travers,
c'est une grille, sinon, une porte. Fermons les yeux pour voir.
Stephen ferma les yeux pour Žcouter ses chaussures broyer
bruyamment goŽmon et coquilles. Il n'y a pas ˆ dire, tu marches bien ˆ
travers. Oui, une enjambŽe ˆ la fois. Tr�s court espace de temps ˆ
travers de tr�s courts temps d'espace. Cinq, six : le nacheinander.
Exactement, et voilˆ l'inŽluctable modalitŽ de l'ou•e. Ouvre les yeux.
Non. Sacredieu ! Si j'allais tomber d'une falaise qui surplombe sa
base, si je tombais ˆ travers le nebeneinander inŽluctablement. Je
m'arrange tr�s bien comme �a dans le noir. Mon sabre de bois pend ˆ mon
c™tŽ. T‰tons avec : c'est comme �a qu'ils font. Mes deux pieds
dans ses bottines sont au bout de ses jambes, nebeneinander. [7]
Dans ces lignes, nous ne pouvons sŽparer, comme le fait
Georges Didi-Huberman, les Ç mati�res È comme Ç choses ˆ
voir È et les Ç signes È comme choses ˆ lire.
Ç Vert-pituite È est quelque chose Ç qu'apporte la
vague È et tous deux sont liŽs ˆ l'Ç inŽluctable modalitŽ du
visible È, mais cette inŽluctable modalitŽ du visible n'est pas
tant celle des yeux que celle du Ç lire È. Et si Stephen
contemple la mer, l'Žcriture ne dŽcrit pas cette contemplation :
Ç L'ombre des for�ts flottait dans la paix du matin entre la tour
et la mer que regardait Stephen. [É] Sein blanc de la mer nŽbuleuse.
Les accents enlacŽs deux ˆ deux. Une main cueillant les cordes de la
harpe et m�lant leurs accords jumeaux. Vagues couplŽes du verbe,
vif-argent qui vacille sur la sombre marŽe. È [8] On entend
Ç les accents enlacŽs È qui rapportent du Ç sein È
de la Ç sombre marŽe È un Ç vif-argent qui
vacille È, non le couplage des vagues vues et du verbe qui les dit
mais un muthos de la sombre marŽe ˆ partir des pragmata de la mer, le
vif du verbe qui prend les vagues et en fait la vague du verbe. En
anglais, la prosodie se fait coulante et courante, prosodie de la
vague : wavewhite wedded words. Cette vague de langage montre la
perception comme un moment de langage. Il existe dans Ulysse un
paradigme du verbe comme vague et vent, et dans Ulysses un paradigme qui
construit words avec wave et wind, dans une sŽmantique de la
circulation, du souffle et du tissage. Le visible chez Joyce n'est pas
le Ç spectacle visible È de l'individu (selon les termes de
Merleau-Ponty) [9] rapportŽ dans le langage ; le visible se situe
avec le langage dans un rapport autre.
A l'Ç inŽluctable modalitŽ du visible È comme seul visible
pris en compte par Georges Didi-Huberman, fait Žcho chez James Joyce
l'Ç inŽluctable modalitŽ de l'ou•e È. Ç Fermons les yeux
pour voir È forme une phrase prosodique avec Ç Stephen ferma
les yeux pour Žcouter ses chaussures broyer bruyamment goŽmon et
coquilles È, ŽlŽment rythmiquement indissociable du premier, et
rythmiquement redoutable. Le visible est inŽluctablement liŽ ˆ
l'audible, tous deux constituant des modalitŽs. Et c'est
l'Ç Žcouter È qui fait le lien. L'Žcouter qui prend le corps
dans un Ç conna”tre corps È et un Ç conna”tre
colorŽs È pour en faire non un mode de connaissance
phŽnomŽnologique mais un corps du rythme : Ç Tu vois, le
rythme prend corps. J'entends. È [10] Visible et audible sont les
deux modalitŽs inŽluctables du sensible comme corps rythmique, rythme de
langage. Si le voir est Ç une opŽration de sujet È, c'est
aussi une activitŽ du langage.
Nacheinander et nebeneinander construisent une obscuritŽ du
sensible : Ç Je m'arrange tr�s bien d'�tre comme �a dans le
noir. È Le terme nebeneinander (Ç l'un ˆ c™tŽ de
l'autre È) est repŽrŽ comme une rŽfŽrence ˆ la thŽorie de Gotthold
Ephra•m Lessing : dŽsignant le dŽploiement spatial des arts
visuels, il est opposŽ ˆ celui de aufeinander (Ç l'un apr�s
l'autre È) qui signifie le processus temporel des arts poŽtiques
[11]. Le texte de Joyce fait intervenir, lui, le terme de nacheinander
(signifiant aussi Ç l'un apr�s l'autre È et proche, par la
prosodie, de die Nacht, Ç la nuit È) : le voir en art
n'est plus soumis aux catŽgories spatiale et temporelle, il est un noir
du voir, un voir noir qui les efface. Nebeneinander, Ç l'un ˆ c™tŽ
de l'autre È, et nacheinander, Ç l'un apr�s l'autre È,
rŽv�lent un visible et un audible de la nuit comme cheminement incertain
[12] dans l'Žcoute du langage. L'un apr�s l'autre et l'un ˆ c™tŽ de
l'autre, les gens qui Žcrivent, qui lisent, c'est-ˆ-dire les gens qui
Žcoutent, font du Ç dire È inŽluctablement un
Ç deux È. L'Žcouter construit en m�me temps une altŽritŽ et
une historicitŽ. Ç Son regard mŽditatif s'Žtait posŽ sur les bouts
carrŽs de ses bottines. LaissŽs-pour-compte nebeneinander d'un copain
chic. Il comptait les sillons de cuir crevassŽ dans lequel les
pieds d'un autre s'Žtaient nichŽs au chaud. È [13] Nebeneinander est
d'abord Ç d'un autre È. Le voir chez Joyce est l'Žcoute de
l'inconnu du langage qui devient Ç un copain È. Son Ïuvre ne
montre pas une inquiŽtude du voir comme inquiŽtude de l'individu dans
son �tre, mais une incertitude du voir comme incertitude du sujet auquel
de l'Žtranger arrive. Elle rŽv�le du sujet qui se constitue par
l'Žtrange de l'Ïuvre, son rythme. Le voir devient la question du
sensible comme question d'un sujet de l'Ïuvre. Non seulement l'Ïuvre de
Joyce va ˆ l'encontre d'une approche phŽnomŽnologique de l'art, mais
elle permet de penser le sensible en art comme un non encore sensible,
une invention d'un sensible, dans l'articulation qu'elle construit du
voir et du dire. Il existe en effet
une critique du savoir chez Joyce qui est une critique du sujet en m�me
temps qu'une pensŽe de l'Žcriture. Son Ïuvre rŽv�le une distinction
entre un savoir sauvage et un savoir savant, entre les Ç monnaies
de la mer sauvage È (suite du passage citŽ, p. 59), de la vague de
langage, et le savoir de Ç ceux qui savent È, du
Ç magister i connaissons ben �a È (p. 59). Ces deux modes du
savoir sont mis en sc�ne par deux modalitŽs du rapport du voir et du
dire : Comme je vous le dis [É]
J'Žtais dans ce temps lˆ [É], je vous assure. Un de ces jours je vous
montrerai ma photo. Ma foi oui j'Žtais [É] [14] Did, faith [É] I was [É] at that time, I tell you, I'll show you my likeness one day. I was faith. [15]
Le sujet qui se porte garant de la vŽritŽ dit ce qu'il y a ˆ
voir, dans un prŽsent qui renvoie ˆ un passŽ ou dans un passŽ de vŽritŽ,
dans un passŽ du prŽsent. Le langage ici tŽmoigne d'un savoir, le dire
est un raconter (to tell). Le voir est le passŽ du savoir, le passŽ du
langage, le passŽ du sujet, un savoir au passŽ : Personne ne vous voyait ; ne racontez �a ˆ personne. [16] No-one saw : tell no-one. [17]
La symŽtrie participe de l'Žquivalence du dire comme raconter
et du voir au passŽ. Au sujet du passŽ qui sait parce qu'il a vu est
opposŽ le sujet qui ne sait pas ce qu'il y a ˆ voir Ð Ç Ce que je
pense �a sort. Pourtant je ne sais pas È (p. 237) ;
Ç Blurt out what I was thinking. Still I don't know È (p. 194)
Ð un sujet qui dŽcouvre ce qu'il y a ˆ voir quand il dit Ç je
vois È : Ç Je vois, dit-il È (p. 225) ; Ç I
see, he said È (pp. 184-185). Le voir est alors le prŽsent du
savoir, du langage, le fait que l'on voit au moment et au lieu o� l'on
parle. Ce qu'il y a ˆ voir est un inconnu qui est devant, dans un futur
du prŽsent : Ç I'll see if I can see È (p. 46). Dans ce
cas, le dire est un voir. Ç I see, he said È est la modalitŽ
du dire qui galope dans Ulysses, galop du dire pour un prŽsent du voir.
Ce qui est ˆ voir n'est pas dit car est en train de se passer sur le
trajet du dire, la Ç chose ˆ voir È ne vient que dans
l'activitŽ du voir, dans un prŽsent qui pousse dans la parole, dans une
parole qui fait pousser le prŽsent. Dans l'Žcriture de Joyce, il y a
comme des moments qui poussent Ð Ç One moment È,
Ç wait È Ð comme un moment des mots, un arr�t sur mot comme un
arr�t sur image parce que �a dŽfile, �a dŽroule, le torrent de la
langue, Ç le torrent de la vie que nous tra�ons È (p.
236 ; Ç the stream of life we trace È, p. 193). Le voir
est le one moment du langage. Ç I see, he said È forme comme
un temps prosodique : le temps qu'il dise, il voit. Le prŽsent qui
pousse laisse l'acte de dire au passŽ, Ç je vois È contient le
dire dans toute son activitŽ, le langage dans tout son moment, tout le
maintenant des mots. Quand on lit ces
Žtranges pages de quelqu'un de disparu depuis longtemps on se sent un
avec ce quelqu'un qui une foisÉ (p. 64) When one reads these strange pages of one long gone one feels that one is at one with one who onceÉ (p. 50)
Le one moment du langage est le one moment de l'autre, le
moment d'un autre one qui fait notre one, le once d'un one qui nous fait
devenir un one autre et n™tre, le maintenant dans toute son ŽtrangetŽ,
dans toute son obscuritŽ, o� celui qui lit rejoint celui qui Žcrit parce
que celui qui a Žcrit revient autre dans la rŽ-Žnonciation qui est la
n™tre. Dans les pages Žtranges, on est au prŽsent de la personne qu'on
lit, au singulier de la personne et en m�me temps notre personne propre.
On Ð Ç on È ; Ç one È Ð est une personne du
pluriel qui pousse vers un pluriel de la personne.
Le visible alors n'est pas le Ç spectacle È ˆ voir,
ni l'audible le spectacle ˆ entendre, et le langage ne donne pas le
spectacle du spectacle. Quand le sujet chez Joyce dit en anglais
Ç I see È, le sujet dit parfois en fran�ais Ç j'y
suis È (p. 189 ; pp. 230-231) : le sujet ne se trouve pas
devant le spectacle de la vue, il arrive dans le spectacle o� sa parole
l'am�ne. Au lieu d'un spectacle sensible, James Joyce nous montre un
sensible comme possibilitŽ d'�tre Žtranger dans son propre sentir, dans
sa propre langue, dans un m�me mouvement. Sentir en art, c'est laisser
le langage par son activitŽ nous faire voir ce qu'on voit, entendre ce
qu'on entend, sentir ce qu'on sent d'une peinture, d'une installation.
Le sensible en art n'est plus d�s lors une modalitŽ singuli�re du sentir
gŽnŽral, mais une modalitŽ particuli�re de la relation du sentir et du
dire. La bo”te noire de Tony Smith ne Ç nous regarde È pas
parce qu'elle est Ç devant nous comme un dedans obscur È [18],
un Žtrange comme devenir Ç singulier È de l'�tre se dŽtachant
d'un Ç gŽnŽral È du monde [19], entre le Ç what you see
is what you see È de Frank Stella et son contraire, un au-delˆ de
ce qui serait vu ; toute Ïuvre d'art, rŽv�le Joyce, nous regarde
par la valeur du regard qu'elle suscite en nous dans le spectacle de
notre parole, par son pouvoir qui est aussi le n™tre, de nous faire
vivre l'invention d'un voir, la transformation d'un Žtrange singulier en
singulier collectif. Ç Un cube
est inventŽ dans la parole È [20], mais ce n'est pas
Ç l'objet È de la conception qui portera le titre Die en 1962,
que l'artiste invente au moment o� il Ç rŽflŽchit ˆ l'expression
six pieds È (Ç six pieds sous terre È) devant la bo”te
noire d'un ami qui lui sugg�re une Ç noire intŽrioritŽ È [21].
C'est le cube noir comme Ïuvre d'art qui s'invente dans l'obscuritŽ
d'un voir, dans l'obscuritŽ d'une parole qui part de Ð et ne cesse
d'aller vers Ð ce qui n'est jamais seulement un objet. L'Ïuvre de Joyce
nous montre un voir en art dans notre relation aux Ïuvres comme un
devenir-Ïuvre, un devenir-sujet, un devenir-voir d'un noir du
dire : what you see is what you say. ÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑ [1] Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Minuit, 1992, 4 �me de couverture. [2] Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, op. cit., p. 51 (Et citations suivantes). [3] Ibid., p. 14. [4] Ibid., p. 9. [5] Ibid., p. 53. [6] Ibid., p. 11.
[7] James Joyce, Ulysse, trad. par Auguste Morel et Stuart
Gilbert, traduction revue par ValŽry Larbaud avec la collaboration de
l'auteur, Gallimard, 2002 (1re publication Gallimard, 1929), pp. 58-59.
(Ç Ineluctable modality of the visible : at least that if no
more, thought through my eyes. Signatures of all things I am here to
read, seaspawn and seawrack, the nearing tide, that rusty boot.
Snotgreen, bluesilver, rust : coloured signs. Limits of the
diaphane. But he adds : in bodies. Then he was aware of them bodies
before of them coloured. How ? By knocking his sconce against
them, sure. Go easy. Bald he was and a millionaire, maestro di color che
sanno. Limit of the diaphane in. Why in ? Diaphane, adiaphane. If
you can put your five fingers through it, it is a gate, if not a door.
Shut your eyes and see./ Stephen closed his eyes to hear his boots crush
crackling wrack and shells. You are walking through it howsomever. I
am, a stride at a time. A very short space of time through very short
times of space. Five, six : the nacheinander. Exactly : and
that is the ineluctable modality of the audible. Open your eyes. No.
Jesus ! If I fell over a cliff that beetles o'er his base, fell
through the nebeneinander ineluctably. I am getting on nicely in the
dark. My ash sword hangs at my side. Tap with it : they do. My two
feet in his boots are at the end of his legs, nebeneinander. È,
Ulysses, Penguin Books, London, 2000 (First published in Paris by
Shakespeare and Company, 1922), p. 45 ). Le propos en italien est
une citation de la Divine ComŽdie de Dante (Ç Enfer È, IV,
v.131), traduit par : Ç le ma”tre de ceux qui savent È
dans Ulysse, Ïuvres compl�tes, tome II, Gallimard, 1995, p. 1121. Pour
mettre en Žvidence la question du sensible chez James Joyce, nous nous
appuyons, en partie, sur une Žtude rythmique du texte en fran�ais pour
la raison que Joyce lui-m�me a participŽ ˆ la traduction. Nous verrons
que la mise en regard des deux Ç langues-textes È peut �tre
prŽcieuse. [8] James Joyce, Ulysse, op.
cit., p. 19. (Ç Woodshadows floated silently by through the morning
peace from the stairhead seaward where he gazed [É] White breast of
the dim sea. The twining stresses, two by two. A hand plucking the
harpstrings merging their twining chords. Wavewhite wedded words
shimmering on the dim tide. È, Ulysses, op. cit., p. 9).
[9] Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l'invisible,
Gallimard, 1964, p. 177. CitŽ par G. Didi-Huberman, op . cit., p. 11.
[10] James Joyce, Ulysse, op. cit., p. 59 (suite du passage
citŽ). (Ç Rhythm begins, you see. I hear. È, Ulysses, op.
cit., p. 46). [11] AndrŽ Topia constate
Ç l'une des nombreuses citations erronŽes de Stephen È,
Ulysse, Ïuvres compl�tes, op. cit., p. 1121.
[12] La lecture de Georges Didi-Huberman qui se fait dans une pensŽe
du Ç sujet È comme trouble de l'�tre se montre non incertaine
de ce que le sujet du voir en art peut �tre. [13] James Joyce, Ulysse, op. cit., p. 78. [14] Ibid., p. 69. [15] Ulysses, op. cit, p. 54. [16] Ulysse, op. cit., p. 64. [17] Ulysses, op. cit., p. 50. [18] G. Didi-Huberman, op. cit., p. 77. L'auteur souligne. [19] Ibid., p. 12. L'auteur souligne toujours ; l'expression employŽe est Ç le visible en gŽnŽral È. [20] Ibid., p. 66. [21] Ibid., p. 76. | |