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COMITƒ DE LECTURE
Isabelle Davy
Ç What you see is what you say È
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u'est-ce que voir en art ? Comment penser le voir dans notre relation ˆ une peinture ou ˆ une installation lorsqu'on veut travailler dans une anthropologie de l'art, c'est-ˆ-dire lorsqu'on regarde vers le pouvoir que poss�de l'Ïuvre d'art de nous apprendre sur l'humain ?
 
Dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Georges Didi-Huberman pose la question du voir ˆ propos des Ïuvres rŽalisŽes dans les annŽes soixante par Donald Judd, Robert Morris ou Tony Smith, Ïuvres dites Ç minimalistes È en raison de leur simplicitŽ apparente. L'historien fait du cube noir de Tony Smith, intitulŽ The Black Box (1961), l'embl�me de la remise en cause de deux tendances interprŽtatives du voir en art (en fait, de Ç l'expŽrience visuelle È des Ïuvres), celle de la Ç vision tautologique È repŽrŽe dans le Ç What you see is what you see È de Frank Stella, et celle de la Ç vision croyante È selon laquelle il y a toujours ˆ voir au-delˆ de ce qu'on voit. Pour Georges Didi-Huberman qui se donne l'enjeu d'Ç une anthropologie de la forme È, il s'agit de Ç dŽpasser È [1] ce Ç mauvais dilemme È du visible en pensant le Ç point d'inquiŽtude È [2] du voir, le moment o� travaille ce qui nous regarde, nous concerne, dans ce que nous voyons. Si on accepte l'idŽe que Ç donner ˆ voir, c'est toujours inquiŽter le voir, dans son acte, dans son sujet È, que voir une Ïuvre est Ç une opŽration de sujet È, on peut se demander sur quel plan travaille le trouble, quel sujet est inquiŽtŽ Ð quelle thŽorie du sujet est proposŽe Ð, quelle place est donnŽe au sensible, dans quelle relation le sensible se trouve avec le langage dans cette thŽorie de l'art. Or, l'historien choisit de penser le dŽpassement par la Ç dialectique È ou Ç oscillation contradictoire È d'approches qui participent toutes deux d'une m�me rationalitŽ : une vision de l'Ïuvre comme objet signifiant, rŽservoir de sens. S'il consid�re Ç l'entre È du sujet et de l'objet dans Ç l'acte de voir È une Ïuvre, il n'interroge pas le voir dans cet Ç entre È. Pour lui, le voir est un avoir de l'individu : Ç voir, c'est sentir que quelque chose inŽluctablement vous Žchappe È, Ç voir, c'est perdre È [3]. L'inquiŽtude du sujet dans le voir s'av�re une expŽrience ontologique de la perte Ç profŽrŽ [e] dans la langue È [4]. La Ç dialectique du visuel È [5], alors m�me qu'elle se proposait d'y Žchapper, continue le dualisme du sujet et de l'objet. PrŽdŽfini dans son incomplŽtude mŽtaphysique, le sujet sait ce qu'il a perdu, sait ce qu'il y a ˆ voir. Le sensible est rŽduit ˆ l'expŽrience phŽnomŽnologique et trouve son complŽment dans le processus psychologique, tous deux perceptibles ˆ travers le langage. Le langage n'intervient pas comme part active de la question, son activitŽ n'est pas envisagŽe dans l'acte du voir. L'Ïuvre sera l'ŽtrangetŽ comme trouble de l'�tre.
 
Georges Didi-Huberman s'appuie sur un passage d'Ulysse de James Joyce pour dire l'Ç inŽluctable modalitŽ du visible È en art comme Ç expŽrience du toucher È [6] et sentiment de perte. Nous voudrions montrer que non seulement l'Ïuvre de Joyce ne peut servir de base ˆ cette thŽorie de l'art, mais qu'elle en fait la critique, qu'elle montre le voir de l'art comme invention de valeurs du voir.
 
InŽluctable modalitŽ du visible : tout au moins cela, sinon plus, qui est pensŽ ˆ travers mes yeux. Signatures de tout ce que je suis appelŽ ˆ lire ici, frai et varech qu'apporte la vague, la marŽe qui monte, ce soulier rouilleux. Vert-pituite, bleu argent, rouille : signes colorŽs. Limites du diaphane. Mais il ajoute : dans les corps. Donc il les connaissait corps avant de les conna”tre colorŽs. Comment ? En cognant sa caboche contre, parbleu. Doucement. Il Žtait chauve et millionnaire, maestro di color che sanno. Limite du diaphane dans. Pourquoi dans ? Diaphane, adiaphane. Si on peut passer ses doigts ˆ travers, c'est une grille, sinon, une porte. Fermons les yeux pour voir.
 
Stephen ferma les yeux pour Žcouter ses chaussures broyer bruyamment goŽmon et coquilles. Il n'y a pas ˆ dire, tu marches bien ˆ travers. Oui, une enjambŽe ˆ la fois. Tr�s court espace de temps ˆ travers de tr�s courts temps d'espace. Cinq, six : le nacheinander. Exactement, et voilˆ l'inŽluctable modalitŽ de l'ou•e. Ouvre les yeux. Non. Sacredieu ! Si j'allais tomber d'une falaise qui surplombe sa base, si je tombais ˆ travers le nebeneinander inŽluctablement. Je m'arrange tr�s bien comme �a dans le noir. Mon sabre de bois pend ˆ mon c™tŽ. T‰tons avec : c'est comme �a qu'ils font. Mes deux pieds dans ses bottines sont au bout de ses jambes, nebeneinander. [7]
 
Dans ces lignes, nous ne pouvons sŽparer, comme le fait Georges Didi-Huberman, les Ç mati�res È comme Ç choses ˆ voir È et les Ç signes È comme choses ˆ lire. Ç Vert-pituite È est quelque chose Ç qu'apporte la vague È et tous deux sont liŽs ˆ l'Ç inŽluctable modalitŽ du visible È, mais cette inŽluctable modalitŽ du visible n'est pas tant celle des yeux que celle du Ç lire È. Et si Stephen contemple la mer, l'Žcriture ne dŽcrit pas cette contemplation : Ç L'ombre des for�ts flottait dans la paix du matin entre la tour et la mer que regardait Stephen. [É] Sein blanc de la mer nŽbuleuse. Les accents enlacŽs deux ˆ deux. Une main cueillant les cordes de la harpe et m�lant leurs accords jumeaux. Vagues couplŽes du verbe, vif-argent qui vacille sur la sombre marŽe. È [8] On entend Ç les accents enlacŽs È qui rapportent du Ç sein È de la Ç sombre marŽe È un Ç vif-argent qui vacille È, non le couplage des vagues vues et du verbe qui les dit mais un muthos de la sombre marŽe ˆ partir des pragmata de la mer, le vif du verbe qui prend les vagues et en fait la vague du verbe. En anglais, la prosodie se fait coulante et courante, prosodie de la vague : wavewhite wedded words. Cette vague de langage montre la perception comme un moment de langage. Il existe dans Ulysse un paradigme du verbe comme vague et vent, et dans Ulysses un paradigme qui construit words avec wave et wind, dans une sŽmantique de la circulation, du souffle et du tissage. Le visible chez Joyce n'est pas le Ç spectacle visible È de l'individu (selon les termes de Merleau-Ponty) [9] rapportŽ dans le langage ; le visible se situe avec le langage dans un rapport autre.
 
A l'Ç inŽluctable modalitŽ du visible È comme seul visible pris en compte par Georges Didi-Huberman, fait Žcho chez James Joyce l'Ç inŽluctable modalitŽ de l'ou•e È. Ç Fermons les yeux pour voir È forme une phrase prosodique avec Ç Stephen ferma les yeux pour Žcouter ses chaussures broyer bruyamment goŽmon et coquilles È, ŽlŽment rythmiquement indissociable du premier, et rythmiquement redoutable. Le visible est inŽluctablement liŽ ˆ l'audible, tous deux constituant des modalitŽs. Et c'est l'Ç Žcouter È qui fait le lien. L'Žcouter qui prend le corps dans un Ç conna”tre corps È et un Ç conna”tre colorŽs È pour en faire non un mode de connaissance phŽnomŽnologique mais un corps du rythme : Ç Tu vois, le rythme prend corps. J'entends. È [10] Visible et audible sont les deux modalitŽs inŽluctables du sensible comme corps rythmique, rythme de langage. Si le voir est Ç une opŽration de sujet È, c'est aussi une activitŽ du langage.
 
Nacheinander et nebeneinander construisent une obscuritŽ du sensible : Ç Je m'arrange tr�s bien d'�tre comme �a dans le noir. È Le terme nebeneinander (Ç l'un ˆ c™tŽ de l'autre È) est repŽrŽ comme une rŽfŽrence ˆ la thŽorie de Gotthold Ephra•m Lessing : dŽsignant le dŽploiement spatial des arts visuels, il est opposŽ ˆ celui de aufeinander (Ç l'un apr�s l'autre È) qui signifie le processus temporel des arts poŽtiques [11]. Le texte de Joyce fait intervenir, lui, le terme de nacheinander (signifiant aussi Ç l'un apr�s l'autre È et proche, par la prosodie, de die Nacht, Ç la nuit È) : le voir en art n'est plus soumis aux catŽgories spatiale et temporelle, il est un noir du voir, un voir noir qui les efface. Nebeneinander, Ç l'un ˆ c™tŽ de l'autre È, et nacheinander, Ç l'un apr�s l'autre È, rŽv�lent un visible et un audible de la nuit comme cheminement incertain [12] dans l'Žcoute du langage. L'un apr�s l'autre et l'un ˆ c™tŽ de l'autre, les gens qui Žcrivent, qui lisent, c'est-ˆ-dire les gens qui Žcoutent, font du Ç dire È inŽluctablement un Ç deux È. L'Žcouter construit en m�me temps une altŽritŽ et une historicitŽ. Ç Son regard mŽditatif s'Žtait posŽ sur les bouts carrŽs de ses bottines. LaissŽs-pour-compte nebeneinander d'un copain chic. Il comptait les sillons de cuir crevassŽ dans lequel les pieds d'un autre s'Žtaient nichŽs au chaud. È [13] Nebeneinander est d'abord Ç d'un autre È. Le voir chez Joyce est l'Žcoute de l'inconnu du langage qui devient Ç un copain È. Son Ïuvre ne montre pas une inquiŽtude du voir comme inquiŽtude de l'individu dans son �tre, mais une incertitude du voir comme incertitude du sujet auquel de l'Žtranger arrive. Elle rŽv�le du sujet qui se constitue par l'Žtrange de l'Ïuvre, son rythme. Le voir devient la question du sensible comme question d'un sujet de l'Ïuvre. Non seulement l'Ïuvre de Joyce va ˆ l'encontre d'une approche phŽnomŽnologique de l'art, mais elle permet de penser le sensible en art comme un non encore sensible, une invention d'un sensible, dans l'articulation qu'elle construit du voir et du dire.
 
Il existe en effet une critique du savoir chez Joyce qui est une critique du sujet en m�me temps qu'une pensŽe de l'Žcriture. Son Ïuvre rŽv�le une distinction entre un savoir sauvage et un savoir savant, entre les Ç monnaies de la mer sauvage È (suite du passage citŽ, p. 59), de la vague de langage, et le savoir de Ç ceux qui savent È, du Ç magister i connaissons ben �a È (p. 59). Ces deux modes du savoir sont mis en sc�ne par deux modalitŽs du rapport du voir et du dire :
 
Comme je vous le dis [É] J'Žtais dans ce temps lˆ [É], je vous assure. Un de ces jours je vous montrerai ma photo. Ma foi oui j'Žtais [É] [14]
Did, faith [É] I was [É] at that time, I tell you, I'll show you my likeness one day. I was faith. [15]
 
Le sujet qui se porte garant de la vŽritŽ dit ce qu'il y a ˆ voir, dans un prŽsent qui renvoie ˆ un passŽ ou dans un passŽ de vŽritŽ, dans un passŽ du prŽsent. Le langage ici tŽmoigne d'un savoir, le dire est un raconter (to tell). Le voir est le passŽ du savoir, le passŽ du langage, le passŽ du sujet, un savoir au passŽ :
 
Personne ne vous voyait ; ne racontez �a ˆ personne. [16]
No-one saw : tell no-one. [17]
 
La symŽtrie participe de l'Žquivalence du dire comme raconter et du voir au passŽ. Au sujet du passŽ qui sait parce qu'il a vu est opposŽ le sujet qui ne sait pas ce qu'il y a ˆ voir Ð Ç Ce que je pense �a sort. Pourtant je ne sais pas È (p. 237) ; Ç Blurt out what I was thinking. Still I don't know È (p. 194) Ð un sujet qui dŽcouvre ce qu'il y a ˆ voir quand il dit Ç je vois È : Ç Je vois, dit-il È (p. 225) ; Ç I see, he said È (pp. 184-185). Le voir est alors le prŽsent du savoir, du langage, le fait que l'on voit au moment et au lieu o� l'on parle. Ce qu'il y a ˆ voir est un inconnu qui est devant, dans un futur du prŽsent : Ç I'll see if I can see È (p. 46). Dans ce cas, le dire est un voir. Ç I see, he said È est la modalitŽ du dire qui galope dans Ulysses, galop du dire pour un prŽsent du voir. Ce qui est ˆ voir n'est pas dit car est en train de se passer sur le trajet du dire, la Ç chose ˆ voir È ne vient que dans l'activitŽ du voir, dans un prŽsent qui pousse dans la parole, dans une parole qui fait pousser le prŽsent. Dans l'Žcriture de Joyce, il y a comme des moments qui poussent Ð Ç One moment È, Ç wait È Ð comme un moment des mots, un arr�t sur mot comme un arr�t sur image parce que �a dŽfile, �a dŽroule, le torrent de la langue, Ç le torrent de la vie que nous tra�ons È (p. 236 ; Ç the stream of life we trace È, p. 193). Le voir est le one moment du langage. Ç I see, he said È forme comme un temps prosodique : le temps qu'il dise, il voit. Le prŽsent qui pousse laisse l'acte de dire au passŽ, Ç je vois È contient le dire dans toute son activitŽ, le langage dans tout son moment, tout le maintenant des mots.
 
Quand on lit ces Žtranges pages de quelqu'un de disparu depuis longtemps on se sent un avec ce quelqu'un qui une foisÉ (p. 64)
When one reads these strange pages of one long gone one feels that one is at one with one who onceÉ (p. 50)
 
Le one moment du langage est le one moment de l'autre, le moment d'un autre one qui fait notre one, le once d'un one qui nous fait devenir un one autre et n™tre, le maintenant dans toute son ŽtrangetŽ, dans toute son obscuritŽ, o� celui qui lit rejoint celui qui Žcrit parce que celui qui a Žcrit revient autre dans la rŽ-Žnonciation qui est la n™tre. Dans les pages Žtranges, on est au prŽsent de la personne qu'on lit, au singulier de la personne et en m�me temps notre personne propre. On Ð Ç on È ; Ç one È Ð est une personne du pluriel qui pousse vers un pluriel de la personne.
 
Le visible alors n'est pas le Ç spectacle È ˆ voir, ni l'audible le spectacle ˆ entendre, et le langage ne donne pas le spectacle du spectacle. Quand le sujet chez Joyce dit en anglais Ç I see È, le sujet dit parfois en fran�ais Ç j'y suis È (p. 189 ; pp. 230-231) : le sujet ne se trouve pas devant le spectacle de la vue, il arrive dans le spectacle o� sa parole l'am�ne. Au lieu d'un spectacle sensible, James Joyce nous montre un sensible comme possibilitŽ d'�tre Žtranger dans son propre sentir, dans sa propre langue, dans un m�me mouvement. Sentir en art, c'est laisser le langage par son activitŽ nous faire voir ce qu'on voit, entendre ce qu'on entend, sentir ce qu'on sent d'une peinture, d'une installation. Le sensible en art n'est plus d�s lors une modalitŽ singuli�re du sentir gŽnŽral, mais une modalitŽ particuli�re de la relation du sentir et du dire. La bo”te noire de Tony Smith ne Ç nous regarde È pas parce qu'elle est Ç devant nous comme un dedans obscur È [18], un Žtrange comme devenir Ç singulier È de l'�tre se dŽtachant d'un Ç gŽnŽral È du monde [19], entre le Ç what you see is what you see È de Frank Stella et son contraire, un au-delˆ de ce qui serait vu ; toute Ïuvre d'art, rŽv�le Joyce, nous regarde par la valeur du regard qu'elle suscite en nous dans le spectacle de notre parole, par son pouvoir qui est aussi le n™tre, de nous faire vivre l'invention d'un voir, la transformation d'un Žtrange singulier en singulier collectif.
 
Ç Un cube est inventŽ dans la parole È [20], mais ce n'est pas Ç l'objet È de la conception qui portera le titre Die en 1962, que l'artiste invente au moment o� il Ç rŽflŽchit ˆ l'expression six pieds È (Ç six pieds sous terre È) devant la bo”te noire d'un ami qui lui sugg�re une Ç noire intŽrioritŽ È [21]. C'est le cube noir comme Ïuvre d'art qui s'invente dans l'obscuritŽ d'un voir, dans l'obscuritŽ d'une parole qui part de Ð et ne cesse d'aller vers Ð ce qui n'est jamais seulement un objet. L'Ïuvre de Joyce nous montre un voir en art dans notre relation aux Ïuvres comme un devenir-Ïuvre, un devenir-sujet, un devenir-voir d'un noir du dire : what you see is what you say.
 
 
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[1] Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Minuit, 1992, 4 �me de couverture.

[2] Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, op. cit., p. 51 (Et citations suivantes).

[3] Ibid., p. 14.

[4] Ibid., p. 9.

[5] Ibid., p. 53.

[6] Ibid., p. 11.

[7] James Joyce, Ulysse, trad. par Auguste Morel et Stuart Gilbert, traduction revue par ValŽry Larbaud avec la collaboration de l'auteur, Gallimard, 2002 (1re publication Gallimard, 1929), pp. 58-59. (Ç Ineluctable modality of the visible : at least that if no more, thought through my eyes. Signatures of all things I am here to read, seaspawn and seawrack, the nearing tide, that rusty boot. Snotgreen, bluesilver, rust : coloured signs. Limits of the diaphane. But he adds : in bodies. Then he was aware of them bodies before of them coloured. How ? By knocking his sconce against them, sure. Go easy. Bald he was and a millionaire, maestro di color che sanno. Limit of the diaphane in. Why in ? Diaphane, adiaphane. If you can put your five fingers through it, it is a gate, if not a door. Shut your eyes and see./ Stephen closed his eyes to hear his boots crush crackling wrack and shells. You are walking through it howsomever. I am, a stride at a time. A very short space of time through very short times of space. Five, six : the nacheinander. Exactly : and that is the ineluctable modality of the audible. Open your eyes. No. Jesus ! If I fell over a cliff that beetles o'er his base, fell through the nebeneinander ineluctably. I am getting on nicely in the dark. My ash sword hangs at my side. Tap with it : they do. My two feet in his boots are at the end of his legs, nebeneinander. È, Ulysses, Penguin Books, London, 2000 (First published in Paris by Shakespeare and Company, 1922), p. 45 ). Le propos en italien est une citation de la Divine ComŽdie de Dante (Ç Enfer È, IV, v.131), traduit par : Ç le ma”tre de ceux qui savent È dans Ulysse, Ïuvres compl�tes, tome II, Gallimard, 1995, p. 1121. Pour mettre en Žvidence la question du sensible chez James Joyce, nous nous appuyons, en partie, sur une Žtude rythmique du texte en fran�ais pour la raison que Joyce lui-m�me a participŽ ˆ la traduction. Nous verrons que la mise en regard des deux Ç langues-textes È peut �tre prŽcieuse.

[8] James Joyce, Ulysse, op. cit., p. 19. (Ç Woodshadows floated silently by through the morning peace from the stairhead seaward where he gazed [É] White breast of the dim sea. The twining stresses, two by two. A hand plucking the harpstrings merging their twining chords. Wavewhite wedded words shimmering on the dim tide. È, Ulysses, op. cit., p. 9).

[9] Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l'invisible, Gallimard, 1964, p. 177. CitŽ par G. Didi-Huberman, op . cit., p. 11.

[10] James Joyce, Ulysse, op. cit., p. 59 (suite du passage citŽ). (Ç Rhythm begins, you see. I hear. È, Ulysses, op. cit., p. 46).

[11] AndrŽ Topia constate Ç l'une des nombreuses citations erronŽes de Stephen È, Ulysse, Ïuvres compl�tes, op. cit., p. 1121.

[12] La lecture de Georges Didi-Huberman qui se fait dans une pensŽe du Ç sujet È comme trouble de l'�tre se montre non incertaine de ce que le sujet du voir en art peut �tre.

[13] James Joyce, Ulysse, op. cit., p. 78.


[14] Ibid., p. 69.

[15] Ulysses, op. cit, p. 54.

[16] Ulysse, op. cit., p. 64.

[17] Ulysses, op. cit., p. 50.

[18] G. Didi-Huberman, op. cit., p. 77. L'auteur souligne.

[19] Ibid., p. 12. L'auteur souligne toujours ; l'expression employŽe est Ç le visible en gŽnŽral È.

[20] Ibid., p. 66.

[21] Ibid., p. 76.
 


Isabelle Davy est doctorante et chargŽe de cours au DŽpartement d'Arts Plastiques de l'UniversitŽ de Paris 8. Termine une th�se intitulŽe Ç Art et langage : une pensŽe du rythme pour une poŽtique de l'art È, sous la direction de Jean-Louis Boissier.