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a Žcrit beaucoup ˆ propos de Saussure, et aprs un sicle sa thŽorie du
langage [1] continue d'avoir une actualitŽ [2]. NŽanmoins, Žcrire ˆ
propos de Saussure n'est Žvidemment aucune garantie d'Žcrire avec et
aprs Saussure. On peut se trouver stupŽfait devant un sicle de
lectures de son Ïuvre, ces lectures ayant convoyŽ et fait fleurir
beaucoup de contre-sens et beaucoup d'idŽes fausses, qui sont devenus la
doxa ˆ propos de Saussure, et ont fait s'effacer les enjeux de ses
dŽcouvertes. Exemplairement l'interprŽtation fautive de sa thŽorie du
signe qui aura tenue sŽparŽs les fameux signifiŽ et signifiant pour
retourner ˆ l'idŽe qu'ˆ un Ç son È correspondrait une
Ç idŽe È, pour revenir ˆ dire sans s'en tre rendu compte que
la langue est une nomenclature [3]. Il semblera que l'on pinaille ici en
spŽcialiste sur un dŽtail de thŽorie du langage pour un dŽbat qui ne
devrait intŽresser que peu de monde ; on voudrait montrer que c'est
tout le contraire, que la thŽorie du langage n'est en rien une question
de spŽcialistes et que parfois les dŽtails font appara”tre et se
sŽparer des horizons contraires. Saussure a ŽtŽ le lieu d'un grand
malentendu ; l'homme des tensions, des Ç dualitŽs È du
Ç double È, des indissociabilitŽs, de
l'Ç indissolublement È a ŽtŽ muŽ en un grand professeur de
dichotomies, d'oppositions, de sŽparations : synchronie /
diachronie, signifiŽ / signifiant, langue / parole, associatif /
syntagmatique, individu / sociŽtŽÉ On a fait de Saussure lui-mme une
schize vivante, en opposant rigueur raisonnable analytique scientifique
du Cours de linguistique gŽnŽrale, et dŽmence mystique de la recherche ˆ
propos des anagrammes. Nous allons montrer que de la
Ç linguistique gŽnŽrale È de Saussure ˆ cette recherche sur
l'anagramme une mme dŽmarche se fait jour, celle d'une linguistique
attachŽe ˆ dŽcouvrir la langue dans sa rŽalitŽ historique. Nous
voudrions commencer par ce paragraphe-formule qui cl™t le livre de
Henri Meschonnic, De la langue franaise, ouvrant les horizons d'une
anthropologie historique du langage : Ce
sens du langage n'est autre que le sens de la vie, en tant que ce sens
transforme le langage. Il inclut la Ç petite vie È dont parle
Baudelaire, autant que celui de l'invention de sa propre vie. Il est liŽ
au sens de l'art, au sens de ce qu'est un sujet. L'infime, le fragile,
l'imperceptible y comptent plus peut-tre que des politiques de la
langue. En quoi les derniers ˆ faire l'activitŽ d'une langue-culture
sont les hommes dits politiques. Elle est permanente. Sauf chez ceux
dont les idŽes sont arrtŽes. Et il n'y a peut-tre vraiment de langue
que tant qu'il y a une invention dans la pensŽe. Puisqu'une langue est
une histoire, elle en a l'infini. [4] Nous
voudrions insister sur cette conception qui tient ensemble le langage,
le sujet, la sociŽtŽ, l'histoire, conception dont on apercevra qu'elle
continue la dŽmarche de F. de Saussure pour renouveler les idŽes ˆ
propos du langage. Dire qu'une langue est une histoire devient une
position importante ds le moment o la langue n'est plus apprŽhendŽe
comme un organisme autonome et hŽtŽrogne ˆ l'expŽrience humaine ou
comme un simple support ˆ l'expression de la pensŽe, mais comme la
rŽalitŽ humaine en tant que c'est dans et par le langage seulement que
s'organise et s'invente la vie. Ç C'est ce qu'on peut dire qui
dŽlimite et organise ce qu'on peut penser È [5], Žcrivait Emile
Benveniste, envisageant le discours comme seul instituant le rŽel, ceci
menant ds lors ˆ ne plus tenir dire, penser et vivre comme des
activitŽs distinctes. L'exercice d'invention de vivre, que Henri
Meschonnic appelle Ç faire l'activitŽ d'une langue-culture È,
correspond alors ˆ un quotidien de la vie, en tant qu'il se rŽalise dans
l'exercice de la langue, qui est l'activitŽ commune et dŽfinitoire de
l'humain. Parce que la langue est une histoire, histoire de la
signifiance, c'est-ˆ-dire du vivre, l'activitŽ d'invention
d'institutions [6] de la vie est infinie. L'expŽrience subjective sera
alors conue comme principe de l'invention de langue-culture : de
la mme manire, Saussure dira que toute invention de langue,
c'est-ˆ-dire de fait social, arrive par la parole dans le
discursif ; ces positions tenant la critique d'une conception
anthropologique culturaliste et ghetto•sante qui voyait la structure
formelle et les mots d'une langue comme fixant les limites de la pensŽe.
L'humanitŽ dans sa diversitŽ ne cesse d'inventer par l'exercice du
langage d'instant en instant et d'Žpoque en Žpoque un rŽel toujours neuf
et spŽcifique qui constitue et institue la culture de manire infinie. Dire
un infini de la langue se posera donc comme critique d'une vision
abstractive de la langue comme structure normative et statique, croyance
dont le corrŽlat serait son mode de reprŽsentation par la tradition
continuŽe de dictionnaires, ˆ un mot correspondant une ou des rŽalitŽs,
ou cette autre tradition conjointe de grammaires dŽterminant des modles
clos, contraints et raisonnŽs de syntaxe. On aperoit cette
reprŽsentation de la langue o finalement l'expŽrience humaine du
langage se rŽduit ˆ la nomination des objets du monde, et de manire
associŽe, la pensŽe comme assujettie ˆ une structure formelle
prŽcontrainte. On peut alors penser ˆ cette phrase de Wilhelm von
Humboldt, Ç Il n'y a de langue que dans le discours liŽ, grammaires
et dictionnaires peuvent ˆ peine se comparer ˆ son squelette
mort È [7]. Car ni la grammaire ni le lexique ne font la langue,
ils n'en sont que des reprŽsentations ; ce qui constitue la langue
c'est la totale libertŽ des sujets de continuer ˆ s'inventer dans et par
l'exercice du discours. Avec ce mme horizon, Emile Benveniste
reprenait ainsi la formule classique de tradition aristotŽlicienne,
prŽsente notamment chez Saint Thomas d'Aquin, Ç nihil est in
intellectu quid non prius fuerit in sensu È (Ç rien n'est dans
l'intellect qui n'aura ŽtŽ d'abord dans l'expŽrience È) pour la
continuer en Ç nihil est in lingua quid non prius fuerit in
oratione È [8] (Ç rien n'est dans la langue qui n'aura ŽtŽ
d'abord dans le discours È), pour tenir ainsi l'expŽrience
subjective du langage comme constituant la langue de manire absolument
libre et infinie. Nous
allons voir de quelle manire la dŽmarche de Ferdinand de Saussure
s'inscrit dans ce grand dŽbat anthropologique au travail de penser
ensemble le sujet, la sociŽtŽ, la langue, le langage, l'histoire et la
culture. La recherche de Saussure vise en premier lieu ˆ la libŽration
de la reprŽsentation du langage notamment mise en Ïuvre par la
Ç grammaire È, une grammaire traditionnelle ˆ notre culture
enfermŽe dans ses catŽgorisations logiques et ne rencontrant jamais la
langue telle que vŽcue par celui qui parle. Cette grammaire est pour
Saussure ˆ la fois Ç normative È [9] et a-historique. En
effet, comment une pratique du langage par nature historique
pourrait-elle rencontrer cette reprŽsentation du langage qui
fondamentalement nie l'histoire ? C'est comme critique de
cette grammaire du mme, prŽtendant circonscrire les Žpoques, les
cultures, que Saussure dŽveloppe une linguistique du sujet. Une idŽe
majeure de Saussure est en effet que celui qui parle est toujours
immŽdiatement grammairien, et que la t‰che du linguiste est de rendre
compte de cette grammaire intuitive et vŽcue, grammaire subjective,
consciente-inconsciente, qui s'invente d'instant en instant dans et par
l'exercice du discours. Cette grammaire correspond ˆ une conscience
intuitive d'un fonctionnement de la langue, c'est-ˆ-dire de la manire
dont s'Žlabore et s'organise le sens. Saussure parle de
Ç conscience linguistique È [10], Ç conscience des sujets
parlants È [11], d'Ç analyse subjective È [12], d'
Ç analyse spontanŽe È [13], de Ç sentiment de la
langue È [14], de Ç sentiment des sujets parlants È [15]
pour dŽfinir ce rapport nŽcessaire d'intelligence qu'entretient le sujet
ˆ sa langue, rapport infiniment renouvelŽ par la pratique, et qui fait
que la langue d'instant en instant s'altre, c'est-ˆ-dire se continue
[16]. Cette analyse subjective de la langue s'oppose de manire critique
ˆ l'Ç analyse objective È qui correspond ˆ la reprŽsentation
grammairienne de la langue, et l'on comprend que le projet de F. de
Saussure est de faire se recouvrir analyse objective et subjective, vers
l'Ždification d'une grammaire du sujet : La
synchronie ne conna”t qu'une perspective, celle des sujets parlants et
toute sa mŽthode consiste ˆ recueillir leur tŽmoignage ; pour
savoir dans quelle mesure une chose est une rŽalitŽ il faudra et il
suffira de rechercher dans quelle mesure elle existe pour la conscience
des sujets parlants. [17] La
synchronie pour Saussure recouvre le projet d'une linguistique attachŽe
ˆ dŽcouvrir des Žtats de langue, c'est-ˆ-dire une linguistique visant
avant tout ˆ rendre compte de la langue comme rŽalitŽ historique.
Saussure Žtablit mme que le concept d'idiosynchronie [18]
correspondrait davantage ˆ la dŽfinition de cette dŽmarche, o l'on
aperoit Žvidemment que c'est le prŽsent, abordŽ dans sa spŽcificitŽ,
dans sa manire d'tre propre, qui devient le principe directeur de la
recherche. Lorsque Saussure pose que les rŽalitŽs recherchŽes par
l'analyse sont celles qui existent Ç pour la conscience des sujets
parlants È c'est bien que cette Ç conscience È, qui
dŽfinit le rapport que le sujet entretient ˆ sa langue, est toujours une
rŽalitŽ originale, historique. Il faut penser ce concept de
Ç conscience È comme ne qualifiant pas une conscience
ma”trisŽe et analysŽe de la langue par celui qui parle, mais comme la
conscience intuitive d'un fonctionnement de la signifiance, une
technique de la parole. Nous reprenons ce concept de
Ç technique È ˆ Marcel Mauss, celui-ci ayant montrŽ dans une
communication en 1934, Ç Les techniques du corps È [19], que
toutes les pratiques humaines Žtaient des pratiques immŽdiatement
socialisŽes, ce qui signifiait Žgalement pour lui des pratiques
historiques. Comme telle technique du corps nous renseignera sur la
reprŽsentation spŽculative, cosmogonique dans laquelle elle s'intgre et
s'interprte, bien avant cela et parce que la langue seule est le
producteur continuel et l'interprŽtant de toutes les institutions de la
vie [20], telle Ç technique du discours È, mise en Ïuvre par
un sujet radicalement social, nous renseignera sur la manire originale
dont se pense, se dit, s'invente et se vit une organisation du monde. Saussure
critique l'absence de thŽorie de l'histoire, du sujet et de la sociŽtŽ
dans les conceptions linguistiques. Abordant la langue selon un point de
vue a-historique et finalement ethnocentrique, traitant la langue comme
un objet s'offrant ˆ l'analyse de manire simple et identique, la
morphologie semble pratiquer ses dŽcoupes formelles selon une logique
qu'elle n'interroge pas. Ainsi, projetant la conception morphologique
latine pour procŽder ˆ l'analyse de la langue franaise actuelle, elle
ignore le fait radicalement social, historique et subjectif que
constitue la langue, le fait que la langue est vŽcue et sert ˆ
vivre : Autre exemple : enfant, entier
ne comportent au XIXe sicle et depuis longtemps, aucune analyse au
sentiment de la langue, parce qu'il n'y a pas de point de comparaison.
Les mmes mots au premier sicle infans, integere comportent une analyse
au sentiment de la langue in-fans, in-tegere. Eh bien, et c'est lˆ que
je veux en venir, si au nom de l'identitŽ de substance entre enfant et
infans j'opre en franais l'analyse en-fant, qu'est-ce que je
fais ? de la morphologie latine sur l'Žquivalent franais d'une
forme latine. Je fais de la morphologie rŽtrospective. Cette
morphologie-lˆ est, au fond, dŽtestable. Elle est directement contraire
ˆ notre principe : elle ne s'appuie pas sur le sentiment de la
langue. Et par consŽquent, elle ne rŽpond ˆ aucun fait du langage. [21] Le
cas de l'analyse morphologique est ici l'exemple d'une analyse
linguistique restant en dehors du fait social, historique et subjectif
de la langue, mais le projet de Saussure n'est pas de constituer une
simple Ç morphologie historique È, de s'arrter ˆ constater
les formes qui seraient isolŽes par l'analyse de la langue ˆ une
certaine Žpoque en un certain lieu. ApprŽhendant la langue comme rŽalitŽ
purement formelle, la morphologie demeure inapte ˆ rendre compte de ce
qui constitue de manire fondamentale la langue. Que dans une langue on
aperoive par exemple un phŽnomne de composition dont on aura abstrait
les formes ne suffira pas pour se mettre ˆ l'Žcoute d'une pratique du
sens. Car du langage et du sens on n'a que des reprŽsentations,
c'est-ˆ-dire des pratiques. Et ces pratique ne se rŽduisent pas ˆ un
maniement et agencement simple de formes. Une pratique du sens, que l'on
pourra aussi dire sens du sens, correspond au rapport d'intelligence
grammairienne qu'entretient le sujet ˆ sa langue, et finalement au
rapport entier d'intelligence humaine au travail de s'inventer, de se
produire. Par exemple on pourra dire que de manire gŽnŽrale les langues
indo-europŽennes isolent originalement un radical puis y adjoignent des
flexions, faisant se tenir ensemble un sentiment de la langue et une
rationalitŽ, o l'on spŽculera sur les essences, opposant le sensible et
l'intelligible, o l'on sŽparera la langue en sa grammaire et son
lexiqueÉ Ce que met au jour, du point de vue anthropologique, social et
historique tels conscience et exercice de la langue, constitue alors
l'enjeu de la recherche, montrant que ce qui est rŽel, ce qui est
signifiant pour un sujet, ne l'est pas de manire simple, mais relve de
la complexitŽ du fait social total. C'est ainsi
que Saussure, ayant montrŽ que dans la langue on n'a jamais affaire ˆ
des rŽalitŽs purement formelles, proposera de penser la
Ç forme-sens È [22], c'est-ˆ-dire toute la complexitŽ sociale
et subjective que constitue une pratique du langage. Il n'y a pas dans
la langue d'un c™tŽ la forme, et de l'autre le sens, mais tout autrement
l'ensemble forme-sens qui est la langue rŽellement vŽcue par un sujet,
telle que cette langue se prŽsentera pour lui signifiante de part en
part, selon l'Žcoute que lui fournira son sentiment de la langue. Le
sentiment de la langue ne sera pas ˆ envisager comme un enfermement dans
les moyens qu'auraient donnŽes d'avance une culture, mais comme
l'exercice de la culture toujours continuŽ. Le sentiment de la langue
constitue en effet la conscience de ce qui sera rŽel, ce qui sera vŽcu,
ce qui sera signifiant pour un sujet : [É]
Je vais Žmettre une proposition largement entachŽe d'hŽrŽsie : il
est faux que les distinctions comme racine, thme, suffixe soient de
pures abstractions. Avant tout, et avant de venir nous parler
d'abstractions, il faut avoir un criterium fixe touchant ce que l'on
peut appeler rŽel en morphologie. Criterium : Ce qui est rŽel,
c'est ce dont les sujets parlants ont conscience ˆ un degrŽ
quelconque ; tout ce dont ils ont conscience et rien que ce dont
ils peuvent avoir conscience. Or, dans tout Žtat de langue, les
sujets parlants ont conscience d'unitŽs morphologiques Ð c'est-ˆ-dire
d'unitŽs significatives Ð infŽrieures ˆ l'unitŽ du mot. En franais
nous avons conscience par exemple d'un ŽlŽment Ðeur qui, employŽ d'une
certaine faon, servira ˆ donner l'idŽe de l'auteur d'une action :
graveur, penseur, porteur. Question : Qu'est-ce qui prouve que cet ŽlŽment Ðeur est rŽellement isolŽ par une analyse de la langue ? RŽponse :
Comme dans tous les cas pareils ce sont les nŽologismes, c'est-ˆ-dire
les formes o l'activitŽ de la langue et sa manire de procŽder trouvent
ˆ se manifester dans un document irrŽcusable : men-eur, os-eur,
recommenc-eur. [É] [23] On
remarque ici un dŽtail, en reprenant cette phrase, Ç Ce qui est
rŽel, c'est ce dont les sujets parlants ont conscience ˆ un degrŽ
quelconque ; tout ce dont ils ont conscience et rien que ce dont
ils peuvent avoir conscience È. Ce dŽtail est l'italique mettant
l'accent sur Ç ce È, sur le caractre ˆ la fois indŽfini et
infini de ce sur quoi peut se constituer une conscience linguistique. La
langue est infinie, comme les reprŽsentations du langage, immŽdiatement
ˆ l'Ïuvre dans les pratiques de discours, sont infinies ; et le
Ç sentiment de la langue È comme pratique subjective et
socialisŽe du sens, pourra s'Žtablir Ç ˆ un degrŽ
quelconque È, donc d'une manire indŽfinie, infinie et absolument
imprŽdictible. C'est avec
cette idŽe que le langage, comme facultŽ de produire de la signifiance,
offre l'infini des potentialitŽs pour une langue de se rŽaliser dans un
fonctionnement quelconque, que l'on voudrait aborder la question de la
thŽorie du signe. Il s'agit en effet de revenir sur cette thŽorie pour
dŽfaire certaines erreurs d'interprŽtation, car on va le voir c'est ˆ
partir de la thŽorie du signe que l'on comprendra davantage ce qu'est ce
rapport grammairien au langage que Saussure qualifie de
Ç sentiment de la langue È. L'interprŽtation traditionnelle
dira que les signes de la langue, alors confondus avec les
Ç mots È, sont une convention imposŽe au sujet parlant, comme
lui sont imposŽes les rgles de la grammaire. D'autre part, que le signe
se dŽcompose en un signifiant, le Ç son È et en un signifiŽ,
l'Ç idŽe È. La consŽquence de cette interprŽtation Žtant de
faire du son le support de l'idŽe en perpŽtuant la sŽparation
traditionnelle du sensible corporel matŽriel et de l'intelligible, et en
tenant l'activitŽ de langage comme une activitŽ de nomination. D'abord
le monde, ensuite les noms comme dans ce mythe du langage que Saussure
prend souvent en exemple, celui d'Adam nommant les animaux : La
plupart des conceptions que se font ou du moins qu'offrent les
philosophes du langage font songer ˆ notre premier pre Adam appelant
prs de lui les divers animaux et leur donnant ˆ chacun leur nom. [É] Mais
il y a lˆ, implicitement, quelque tendance que nous ne pouvons
mŽconna”tre ni laisser passer sur ce que serait en dŽfinitive le
langage : savoir, une nomenclature d'objets. D'objets d'abord
donnŽs. D'abord l'objet, puis le signe ; donc (ce que nous nierons
toujours) base extŽrieure donnŽe au signe, et figuration du langage par
ce rapport-ci : *Ña Objets { *Ñb } Noms [24] *Ñc Cette
conception du langage comme nomenclature est une tradition de
pensŽe ; on la trouvera notamment prŽsente dans le grand dŽbat et
somme des idŽes ˆ propos du langage que constitue le Cratyle de Platon,
dans lequel est posŽe la question du rapport entre les noms et le rŽel.
Ce que met au jour cette somme d'idŽes linguistiques c'est une grande
tradition spŽculative ˆ propos du Ç nom È, le voyant tour ˆ
tour mis au centre du dŽbat circulaire entre un rapport au rŽel
conventionnel ou imitatif, ou encore fondateur dans les pratiques
d'Žtymologies populaires, de jeux de langage ou dans cette autre
technique de discours ancienne de paronomase [25]. Un simple regard dans
le dictionnaire, observant c™te ˆ c™te onoma Ç le nom È et
onomai Ç offenser È nous rendra peut-tre sensible ˆ la
situation particulire du Ç nom È dans notre anthropologie, ˆ
une certaine sacralisation [26] dont il semble faire l'objet. Cette
tradition de pensŽe, qui Žtablit le nom comme rŽalitŽ de la langue, est
peut-tre si forte qu'elle impose alors le Ç nom È comme
universel linguistique, rendant aveugle ˆ l'observation d'autres
manires de fonctionnement. Nous voyons l'effort de Saussure pour
dŽpasser cette reprŽsentation de la langue, dans l'invention du concept
de signe. Comme nous l'avons vu, celui-ci aperoit que dans la langue
les sujets parlants peuvent avoir conscience d'unitŽs infŽrieures ˆ
l'unitŽ du Ç mot È, que la conscience linguistique s'Žtablit
de manire quelconque par les associations que produisent les sujets de
manire infinie dans leur analyse de la langue. Cette remarque rend
immŽdiatement critiquable l'unitŽ que constituerait le mot et sa
prŽtention ˆ l'universel. Le principe posŽ par Saussure que seule est
rŽelle la conscience linguistique que les sujets produisent, conduit ˆ
dire que la signifiance se constitue de manire autre que dans une
signifiance du nom. Le sentiment de la langue
est ˆ penser comme reposant sur ce grand principe gŽnŽral au langage que
Saussure propose d'appelle la Ç pensŽe-son È [27], ou
autrement Ç son-idŽe È [28] ou Ç forme-sens È [29].
Il explique en effet que la constitution des signes de la langue, de ce
qui est signifiant pour un sujet, ne repose pas comme traditionnellement
on a pu le dire sur un rapport de nomenclature, o les pensŽes se
matŽrialiseraient en des sons, o les sons se spiritualiseraient en des
idŽes, qui sont comme on l'a vu les idŽes adverses dŽbattues dans le
Cratyle, entre convention et motivation naturelle du nom au rŽel. Tout
autrement, Saussure montre que celui qui parle se livre de manire
consciente-inconsciente ˆ une analyse de la langue au sein de la
Ç matire phonique È, par laquelle il dŽlimite et Žlabore des
unitŽs de Ç pensŽe-son È, les signes : Il
n'y a donc ni matŽrialisation des pensŽes, ni spiritualisation des
sons, mais il s'agit de ce fait en quelque sorte mystŽrieux, que la
Ç pensŽe-son È implique des divisions et que la langue Žlabore
ses unitŽs en se constituant entre deux masses amorphes. [30] Saussure
propose de parler de Ç pensŽe-son È, Ç son-idŽe È,
ou Ç forme-sens È bien Žvidemment en critique des sŽparations
coutumires qui constituent le point de vue de l'analyse en
linguistique, mais aussi en critique de la notion de Ç mot È
comme unitŽ premire et dernire du sens. Nous l'avons dit prŽcŽdemment,
le Ç mot È est une catŽgorie de pensŽe propre ˆ l'atelier
intellectuel indo-europŽen et mŽditerranŽen, et dans l'exercice de la
parole, pour cette culture particulire, il prendra alors effectivement
une place importante. Mais Saussure montrait dŽjˆ que le sentiment de la
langue pouvait s'Žlaborer selon une intelligence associative sur des
unitŽs infŽrieures ˆ celle du Ç mot È, sur des ŽlŽments
Ç abstraits È de grammaire, ceci mettant en lumire une
pratique d'analyse et exercice de la langue relevant d'une logique
distincte de la logique de la nomenclature. Cette remarque fait tout
d'abord appara”tre le Ç mot È dans son statut de
reprŽsentation du langage, mais plus gŽnŽralement, ouvre les
perspectives de la Ç pensŽe-son È comme pratique d'analyse
grammairienne de la langue au sein de la matire phonique, Žlaborant une
signifiance insŽparablement phonique et sŽmantique. La
Ç pensŽe-son È n'est pas une pensŽe qui prendrait comme
support un son, mais une qualitŽ de pensŽe non sŽparable d'une qualitŽ
phonique, une Ç forme-sens È. Saussure parle ainsi du signe en
reprenant l'image des corps composŽs en chimie, un signe n'Žtant pas
dŽcomposable en une face acoustique et en une face conceptuelle, mais se
dŽfinissant comme l'ensemble indissociable acoustique et
conceptuel : Le concept devient une qualitŽ
de la substance acoustique comme la sonoritŽ devient une qualitŽ de la
substance conceptuelle. Comparaison avec la personne (formŽe du corps et
de l'‰me) en partie juste. On pourrait comparer l'entitŽ linguistique ˆ
un corps chimique composŽ, ainsi l'eau, o il y a de l'hydrogne et de
l'oxygne : <H2O> [31] Le dŽfaut
majeur de cette comparaison est de faire intervenir des ŽlŽments qui ont
leur rŽalitŽ en eux-mmes, l'oxygne Žtant en lui-mme quelque chose
hors de sa composition avec l'hydrogne, alors que la langue ne produit
pas dans le signe l'union d'unitŽs qui auraient leur existence en
elles-mmes. Cette comparaison pose un autre problme encore, toujours
relatif ˆ la question de l'unitŽ et de l'identitŽ, qui est de proposer
comme analogie au signe un corps composŽ qui sera toujours identique ˆ
lui-mme, se rŽpŽtant ˆ l'infini, du moins est-ce la conception qu'en
donne la chimie, alors que dans la langue rien jamais ne se rŽpte, car
le signe se constitue comme valeur dans un systme toujours radicalement
nouveau. Comme Žcrira Emile Benveniste, Ç Dire bonjour touts les
jours de sa vie, c'est chaque fois une rŽinvention È [32]. Et
finalement c'est cette mme idŽe d'un rapport historique au langage que
l'on retrouve dans la phrase Ç Le concept devient une qualitŽ de la
substance acoustique comme la sonoritŽ devient une qualitŽ de la
substance conceptuelle È, o l'on aperoit bien le principe posŽ
par Saussure d'une indissociabilitŽ dans le signe, tel que le signe
s'offre toujours et uniquement dans sa qualitŽ entire de
Ç pensŽe-son È, le concept de Ç qualitŽ È
dŽfinissant le rapport infiniment renouvelŽ du sujet ˆ sa langue. La
dernire chose que nous voudrions indiquer, avant de passer ˆ la
recherche ˆ propos des anagrammes, est la distinction rŽpŽtŽe ˆ de
nombreuses reprises par Saussure entre ce qu'il appelle la Ç figure
vocale È qui est un phŽnomne purement acoustique et physique,
tout ˆ fait en dehors de tout fait social, et l'Ç image
acoustique È ou Ç signifiant È qui est la reprŽsentation
phonique du signe. Il est important de noter que Saussure ne parle pas
sans raison d'image acoustique, Ç image È mettant l'accent sur
l'idŽe d'un rapport de reprŽsentation. Il ne s'agit pas de penser la
reprŽsentation d'une idŽe par un son, mais le rapport au sonore dans le
langage comme ne se donnant pas hors de sa rŽalitŽ signifiante. Que le
sujet sera dans un rapport particulier au fait acoustique de sa langue,
un rapport d'intelligence qui est celui de l'exercice, fondamentalement
humain, de la signifiance, ce qui nous conduit ˆ dire qu'on ne peut
jamais dŽterminer o commence et o se termine la signifiance dans le
langage. Voici la distinction, que Saussure prŽsente comme une tension,
une dualitŽ, entre l'image acoustique et la figure vocale : Le
dualisme profond qui partage le langage ne rŽside pas dans le dualisme
du son et de l'idŽe, du phŽnomne vocal et du phŽnomne mental ;
c'est lˆ la faon facile et pernicieuse de le concevoir. Ce dualisme
rŽside dans la dualitŽ du phŽnomne vocal COMME TEL, et du phŽnomne
vocal COMME SIGNE Ð du fait physique (objectif) et du fait
physico-mental (subjectif), nullement du fait Ç physique È du
son par opposition au fait Ç mental È de la signification. Il y
a un premier domaine, intŽrieur, psychique, o existe le signe autant
que la signification, l'un indissolublement liŽ ˆ l'autre ; il y en
a un second, extŽrieur, o n'existe plus que le Ç signe È,
mais ˆ cet instant le signe rŽduit ˆ une succession d'ondes sonores ne
mŽrite pour nous que le nom de figure vocale. [33] Saussure
est pour lui-mme dans une activitŽ solitaire, apercevant le travail
considŽrable qu'il y aurait ˆ faire pour renouveler les idŽes ˆ propos
du langage. Emile Benveniste Žcrit ˆ propos de Saussure Ç c'Žtait
surtout un drame de la pensŽe È [34]. Une lettre ˆ Antoine Meillet
nous renseigne sur le caractre grave de cette crise : Mais
je suis bien dŽgožtŽ de tout cela, et de la difficultŽ qu'il y a en
gŽnŽral ˆ Žcrire seulement dix lignes ayant le sens commun en matire de
faits de langage. PrŽoccupŽ surtout depuis longtemps de la
classification logique de ces faits, de la classification des points de
vue sous lesquels nous les traitons, je vois de plus en plus ˆ la fois
l'immensitŽ du travail qu'il faudrait pour montrer au linguiste ce qu'il
fait ; en rŽduisant chaque opŽration ˆ sa catŽgorie
prŽvue ; et en mme temps l'assez grande vanitŽ de tout ce
qu'on peut faire finalement en linguistique. C'est en dernire
analyse, seulement le c™tŽ pittoresque d'une langue, celui qui fait
qu'elle diffre de toutes autres comme appartenant ˆ certain peuple
ayant certaines origines, c'est ce c™tŽ presque ethnographique, qui
conserve pour moi un intŽrt : et prŽcisŽment je n'ai plus le
plaisir de pouvoir me livrer ˆ cette Žtude sans arrire-pensŽe, et de
jouir du fait particulier tenant ˆ un milieu particulier. Sans cesse
l'ineptie absolue de la terminologie courante, la nŽcessitŽ de la
rŽforme, et de montrer pour cela quelle espce d'objet est la langue en
gŽnŽral, vient g‰ter mon plaisir historique, quoique je n'ai pas de plus
cher vÏu que de n'avoir pas ˆ m'occuper de la langue en gŽnŽral. Cela
finira malgrŽ moi par un livre o, sans enthousiasme ni passion,
j'expliquerai pourquoi il n'y a pas un seul terme employŽ en
linguistique auquel j'accorde un sens quelconque. Et ce n'est qu'aprs
cela, je l'avoue, que je pourrai reprendre mon travail au point o je
l'avais laissŽ. [35] Cette confidence pourra
para”tre surprenante, entachŽe de sublime et d'orgueil, que Saussure
s'estime pour lui-mme intempestif ˆ son Žpoque et devant renoncer ˆ son
projet d'historien ethnographe, parce que les idŽes en linguistique
gŽnŽrale ne lui apparaissent pas satisfaisantes. Ceci nous
Žclaire sur plusieurs points : tout d'abord, que c'est avant
tout pour lui-mme que le travail pour renouveler les idŽes ˆ propos du
langage est ˆ faire, ce qui signifie ˆ dire, et si, comme Žcrit
Saussure. Ç ce n'est qu'aprs cela que je pourrai reprendre
mon travail au point o je l'avais laissŽ È, c'est qu'en
renouvelant les idŽes ˆ propos du langage, indissolublement les idŽes ˆ
propos de la culture seront immŽdiatement elles aussi dŽplacŽes. Car on
n'a d'autre tŽmoignage de la culture que celui d'une expŽrience du
langage organisant et instituant la vie des hommes de manire originale
et infinie. C'est sous cet aspect qu'il s'agit de comprendre pourquoi
Saussure parle d'aborder les langues d'un point de vue Ç presque
ethnographique È, par Ç le c™tŽ pittoresque d'une langue,
celui qui fait qu'elle diffre de toutes autres comme appartenant ˆ
certain peuple ayant certaines origines È. Cette idŽe que langue et
culture sont une mme rŽalitŽ est fondamentale, elle constituera le
point de vue mis en Ïuvre par Saussure tout au long de sa recherche, de
sa thŽorie du langage aux travaux sur l'anagramme. Si
la recherche de Ferdinand de Saussure se fait solitaire dans le domaine
de la linguistique gŽnŽrale, encore plus solitaires, voire secrtes
s'avrent les dŽcouvertes ˆ propos de l'anagramme. Ce secret peut-tre
tenait dans les premiers temps ˆ une incertitude de la dŽmarche et de la
dŽcouverte, mais finalement, alors que la certitude s'affirme, Saussure
ne livre pas davantage au monde les rŽsultats de ses recherches, se
confiant uniquement ˆ quelques amis proches. Le Ç drame de la
pensŽe È dont parle Emile Benveniste correspond en effet ˆ un drame
de la solitude intellectuelle. Benveniste ajoutait, Ç Saussure
s'Žloignait de son Žpoque dans la mesure mme o il se rendait peu ˆ peu
ma”tre de sa propre vŽritŽ, car cette vŽritŽ lui faisait rejeter tout
ce qui Žtait enseignŽ alors au sujet du langage È [36]. Cette
dimension solitaire peut n'appara”tre que comme un dŽtail, biographique,
mais aussi doit nous faire prendre conscience de la rŽvolution que
constitue Saussure dans l'histoire des idŽes, dans la mesure o ses
idŽes se heurtent aux croyances ancrŽes dans la culture ˆ propos du
langage, dans la mesure aussi o Saussure se fait le dŽcouvreur de
vŽritŽs nouvelles sans davantage de certitude que la sienne dans son
avancŽe. En se penchant sur
les pomes grecs et latins de l'AntiquitŽ, Saussure dŽcouvre que de
manire Žtrange des noms semblent ŽvoquŽs de part en part du pome dans
sa Ç matire phonique È, sans tre pour autant littŽralement
prŽsents. Comme Žcrira Jean Starobinski, ceux-ci apparaissent alors sous
l'aspect du Ç non prononcŽ, non tu È, comme prŽsence diffuse
tout au sein du pome. Pour dŽcrire ce phŽnomne Saussure parlera
successivement d'anagramme, de paragramme, de logogramme, d'hypogramme,
cherchant autant un principe gŽnŽral de fonctionnement de la
Ç poŽsie È et en premier lieu du langage, que le
fonctionnement particulier de cette poŽsie antique. Le fonctionnement
dŽcrit par Saussure est celui d'une organisation du pome en systme de
signifiance, et plus prŽcisŽment d'une organisation signifiante se
rŽalisant Žtrangement dans sa Ç matire phonique È, hors de
l'ordre linŽaire de la succession des mots. Comme nous l'avons dit
prŽcŽdemment on ne peut plus parler de Ç substance phonique È
ds le moment o le son est peru comme image acoustique, c'est-ˆ-dire
comme signifiant. Saussure met ds lors en doute la consŽcutivitŽ comme
rgle de fonctionnement de la signifiance, voyant diffuse l'organisation
sŽmantique du pome et en consŽquent du langage en gŽnŽral. Travaillant
par exemple sur le De rerum natura de Lucrce o il remarque le nom
d'Aphrodite prŽsent de cette manire paragrammatique dans l'invocation ˆ
VŽnus qui ouvre le livre, il Žcrira : on
se persuadera que tout ce complexe forme bien une unitŽ marchant vers le
E final en s'appuyant de distance en distance sur diffŽrentes parties
de Afrodite [É] [37] La dimension d'une
complexitŽ du vers, telle que ce ne sont pas les mots qui font le pome,
mais la Ç pensŽe-son È dans la manire dont elle s'organise,
renouvelle profondŽment les idŽes ˆ propos du langage. Si Saussure
dŽcouvre que les vers de Lucrce Ç marchent vers È
l'anagramme, il dŽcouvre nŽcessairement dans le mme temps que
l'organisation de la signifiance dans le langage relve d'un mme
principe Ç paragrammatique È, que la signifiance s'Žlabore
hors de la linŽaritŽ apparente des mots entre eux, Ç hors du
temps È, selon une Žcoute flottante et
Ç paragrammatique È : Que les
ŽlŽments qui forment un mot se suivent, c'est lˆ une vŽritŽ qu'il
vaudrait de ne pas considŽrer, en linguistique, comme une chose sans
intŽrt parce qu'Žvidente, mais qui donne au contraire le principe
central de toute rŽflexion utile sur les mots. Dans un domaine
infiniment spŽcial comme celui que nous avons ˆ traiter, c'est toujours
en vertu de la loi fondamentale du mot humain en gŽnŽral que peut se
poser une question comme celle de la consŽcutivitŽ ou la
non-consŽcutivitŽ de la premire Peut-on donner
TAE par ta + te, c'est-ˆ-dire inviter le lecteur non plus ˆ une
juxtaposition dans la consŽcutivitŽ, mais ˆ une moyenne des impressions
acoustiques dans le temps ? hors de l'ordre du temps qu'ont les
ŽlŽments ? hors de l'ordre linŽaire qui est observŽ si je donne TAE
par TA Ð AE ou TA Ð E, mais ne l'est pas si je le donne par ta + te ˆ
amalgamer hors du temps, comme je pourrais le faire pour deux couleurs
simultanŽes. [38] La dŽcouverte de Saussure
repose en effet sur la mise en doute de la linŽaritŽ comme rgle de
fonctionnement de la langue. Cette idŽe sera ˆ mettre en relation avec
la critique dŽveloppŽe dans le Cours de linguistique gŽnŽrale ˆ propos
de la reprŽsentation de la langue par l'Žcriture. Il appara”t certain
que l'Žcriture, donnant ˆ voir une linŽaritŽ de la langue et une analyse
objective de celle-ci en phrases dŽcomposŽes en mots, est une
reprŽsentation du langage d'autant plus forte qu'elle reste inaperue
dans son statut de reprŽsentation. A la recherche de l'Žcoute
particulire des pomes antiques, du sentiment de la langue dont ils
tŽmoignent, Saussure dŽcouvre donc ce principe gŽnŽral au langage, que
la signifiance s'organise hors de la consŽcutivitŽ apparente de la
langue, Ç hors du temps È, selon une intelligence que l'on
pourrait dire Ç paragrammatique È. Le concept de
Ç paragramme È ne doit pas faire croire que le langage ne
conna”t d'autre intelligence que celle d'une marche vers l'Žvocation de
noms propres, celle-ci est la tradition, technique du langage, que
Saussure met au jour comme pratique rŽcurrente dans la poŽsie antique.
Et l'Ç anagramme È ne doit tre envisagŽ que comme un cas
particulier d'organisation signifiante, et mme pour ce qui concernerait
spŽcifiquement la poŽsie antique, car c'est un phŽnomne autrement plus
vaste que constate Saussure ˆ partir de la dŽcouverte du phŽnomne de
l'anagramme proprement dit. Si tout semble courir ˆ l'anagramme, c'est
qu'une Žcoute paragrammatique le permet, cette Žcoute rendant alors
Žgalement possibles toutes les correspondances, toutes les associations,
toutes les Žcoutes, vers l'anagramme ou vers tout autre chose, tout ce
dont les sujets auront conscience, tout ce qui constituera leur
sentiment de la langue. Dans
les premiers temps de cette recherche on voit Saussure rester trs
mŽfiant ˆ propos de sa dŽmarche, se demandant si sa propre volontŽ de
voir le phŽnomne du paragramme se produire ne prend pas la place du
fait rŽel des pomes qu'il analyse. D'autant plus difficile appara”t
cette recherche qu'effectivement il ne serait pas difficile de vouloir
que toute poŽsie soit d'une manire ou d'une autre paragrammatique. Et
ce sera d'ailleurs un des arguments les plus importants de
Saussure : Mais si ce doute peut ˆ tout
instant s'Žlever, de ce qui est le mot-thme et de ce qui est le groupe
rŽpondant, c'est la meilleure preuve que tout se rŽpond d'une manire ou
d'une autre dans le vers, offerts ˆ profusion, o semble jouer
l'anagramme. [39] Si cet argument appara”t
Žtrangement le meilleur, alors mme qu'il pourrait ressembler ˆ la
premire rŽfutation de la dŽcouverte des anagrammes, c'est que Saussure
dŽcouvre un principe majeur de la poŽtique, celui de l'historicitŽ. En
effet, si Ç tout se rŽpond d'une manire ou d'une autre dans le
vers È, c'est que l'organisation du pome dŽpasse le strict niveau
d'une signifiance des mots disposŽs les uns aprs les autres, vers une
organisation autre du pome en systme signifiant, o Ç tout È
se rŽpond, car toute Žcoute constituera nouvellement le pome en un
tout signifiant, en une organisation complexe du pome en systme
signifiant. [É] l'erreur a ŽtŽ de ne pas voir
que toutes les syllabes allitrent, ou assonent, ou sont comprises dans
une harmonie phonique quelconque. La difficultŽ vient de ce que les
genres d'harmonie phonique varient, et varient depuis l'anagramme et
l'anaphonie (forme qui se dirige sur un mot, sur un nom propre) jusqu'ˆ
la simple correspondance libre, hors de la donnŽe d'imitation d'un mot.
[40] Saussure, tout en restant trs confiant de
sa dŽcouverte des anagrammes, Žlargit donc en effet les perspectives de
sa dŽcouverte, se voyant dans l'impossibilitŽ de dire o commence et o
se termine l'organisation signifiante du pome, envisageant alors toute
la complexitŽ de la Ç pensŽe-son È, du jeu des syllabes entre
elles de la manire la plus locale ˆ une organisation signifiante
beaucoup plus vaste et Žtendue, diffuse au pome entier : [É] presque tout passage saturnien n'est qu'un grouillement de syllabes ou de groupes phoniques qui se font Žcho [41] Est-ce
un ˆ peu prs, ou un systme exigeant un compte rŽglŽ, c'est difficile ˆ
dŽmler surtout devant d'autres textes o des vers entiers semblent un
anagramme d'autres vers prŽcŽdents, mme ˆ grande distance dans le
texte. [42] Le fait que la poŽsie antique
apparaisse en partie tournŽe vers l'Žvocation de noms propres doit
nŽanmoins retenir notre attention, pour la reprŽsentation de la langue
dont elle tŽmoigne. Au-delˆ du fait particulier dont nous parlions
prŽcŽdemment, que ces noms imitŽs apparaissent comme Ç non
prononcŽs, non tus È, dans une prŽsence non Ç littŽrale È
mais diffuse au pome, fait dont on ne peut dire facilement quelle
rationalitŽ l'organise, sinon que cette prŽsence diffuse devient une
omniprŽsence, le nom couvrant de part en part le pome ; au-delˆ de
cela, il convient de remarquer en premier l'ŽtrangetŽ mme que
constitue la pratique d'Ç imitation È de noms. Saussure
Žcrit : C'est du Saturnien que j'Žtais
parti pour rechercher, ou pour songer ˆ rechercher si l'Žpoque grecque
connaissait quelque chose d'aussi bizarre ˆ premire vue que l'imitation
phonique, au moyen du vers, des noms qui ont une importance pour chaque
passage. [43] L'anagramme appara”t Ç ˆ
premire vue È Žtrange comme participant du fonctionnement des
pomes, mais seulement Ç ˆ premire vue È, car finalement il
n'y a peut-tre lˆ aucun fait Žtrange qu'une culture qui, de manire
traditionnelle, pratique la spŽculation ˆ propos des Ç noms È,
constitue une poŽsie tout anagrammatique. Nous disions prŽcŽdemment,
parlant du Cratyle de Platon, que l'interprŽtation des noms par
l'Žtymologie populaire ou la paronomase Žtait une pratique ancienne et
traditionnelle au monde indo-europŽen, ceci Žtant d'ailleurs confirmŽ
par un article assez rŽcent de Daniele Gambarara, Ç L'origine des
noms et du langage dans la Grce ancienne È [44], celui-ci
retrouvant la trace de cette pratique, notamment chez Homre, Eschyle,
HŽsiode et Platon, et plus prŽcisŽment, voyant fondateur le mythe du
langage d'une correcte Ç imposition des noms È dans les rŽcits
de baptmes des tres ou des choses, tel que le nom appelle son
interprŽtation en une phrase paragramme. La tradition de spŽculation ˆ
propos de l'essence et de la matŽrialitŽ des noms semble traverser le
monde antique et se continuer jusqu'au monde mŽdiŽval avec Isidore de
SŽville, puis Jean Balbi [45], puis encore jusqu'au XIXe sicle avec le
Dictionnaire des onomatopŽes de Charles Nodier, et pourrait-on dire
jusque dans la poŽsie du XXe sicle, o par exemple le pome Marie de
Guillaume Apollinaire donne ˆ entendre de part en part ce nom, Marie,
couvrant le pome entier. Cette tradition dont on aura donnŽ quelques
jalons trs parcellaires nous rencontre finalement, cette tradition ne
nous Žtant pas Žtrangre, et doit nous interroger sur notre propre
pratique du langage, notre sentiment de la langue, Žtant tous
immŽdiatement grammairiens de notre propre langue, immŽdiatement dans un
rapport continuŽ ˆ un faire du langage. On
aperoit ainsi l'importance d'une tradition spŽculative ˆ propos du
nom, et la manire dont celle-ci s'inscrit dans les diverses techniques
de la parole au cours de l'histoire Ç indo-europŽenne È [46],
se continuant et s'inventant selon les diffŽrentes rationalitŽs qui la
produisent et l'interprtent. Saussure formule des hypothses quant ˆ
cette pratique, pour penser le complexe de cosmogonies, o technique
mathŽmatique, technique du corps, technique du langage, sentiment de la
grammaire formeraient d'un mme mouvement un systme rationnel et
spŽculatif d'un rapport au monde. Ainsi, il propose par exemple de
penser le concept germanique de Ç stab È tel que faisant se
tenir ensemble un systme de compte, un systme mathŽmatique, un systme
d'analyse de la langue, un systme ˆ la base de la composition poŽtique
selon la ma”trise d'un Žquilibre instituŽ : C'est
aussi en partant de cette donnŽe d'une poŽsie indo-europŽenne qui
analyse la substance phonique des mots (soit pour en faire des sŽries
acoustiques, soit pour en faire des sŽries significatives lorsqu'on
allude ˆ un certain mot), que j'ai cru comprendre pour la premire fois
le fameux stab des Germains dans son triple sens de : a)
baguette ; b) phonme allitŽrant de la poŽsie ; c)
lettre. Ds que l'on a seulement le soupon que les ŽlŽments
phoniques du vers avaient ˆ tre comptŽs, une objection se prŽsente qui
est celle de la difficultŽ de les compter, vu qu'il nous faut beaucoup
d'attention ˆ nous-mmes, qui disposons de l'Žcriture, pour tre sžrs de
les bien compter. Aussi conoit-on d'emblŽe, ou plut™t prŽvoit-on, si
le mŽtier de v?t?s Žtait d'assembler les sons en nombre dŽterminŽ, que
la chose n'Žtait pour ainsi dire possible qu'au moyen d'un signe
extŽrieur comme des cailloux de diffŽrentes couleurs, ou comme des
baguettes de diffŽrentes formes : lesquelles, reprŽsentant la somme
des d ou des k etc., qui pouvaient tre employŽs dans le carmen,
passaient successivement de droite ˆ gauche ˆ mesure que la composition
avanait ou rendait un certain nombre de d ou de k indisponibles pour
les vers ultŽrieurs. [É] [47] Continuant
dans cette direction d'une Ç poŽsie indo-europŽenne qui analyse la
substance phonique des mots È, Saussure indique que dans
l'organisation sociale tant du monde latin que du monde hindou, des
personnes avaient en charge la responsabilitŽ spŽcifique de la ma”trise
et la spŽculation sur l'organisation phonique des mots : [É]
j'affirme en effet (comme Žtant ma thse ds ici) que le pote se
livrait, et avait pour ordinaire mŽtier de se livrer ˆ l'analyse
phonique des mots : que c'est cette science de la forme vocale des
mots qui faisait probablement depuis les plus anciens temps
indo-europŽen, la supŽrioritŽ, la qualitŽ particulire, du Kavis des
Hindous, du Vates des Latins, etc. [48] Poursuivant
encore cette dŽmarche archŽologique, pour dŽcouvrir les sciences et
arts du langage propres aux diffŽrentes cultures, et la manire dont ce
savoir s'inscrit dans la vie des hommes et l'organise, Saussure se
tourne de nouveau vers le monde vŽdique, dans le texte du Rig-Veda, pour
y reconna”tre une pratique de spŽculation ˆ propos des formes
grammaticales, certains textes tenant mme le registre de ces
spŽculations, observant alors la continuitŽ d'une pratique d'analyse
phonique de la langue et d'organisation d'une grammaire : Je
ne veux pas passer sur le premier hymne du Rg-Vda sans constater qu'il
est la preuve d'une trs ancienne analyse grammatico-poŽtique, tout ˆ
fait naturelle ds qu'il y avait une analyse phonico-poŽtique. Cet hymne
dŽcline positivement le nom d'Agni, il serait trs difficile en effet
de penser que la succession de vers, commenant les uns par Agnim ”d Ð
les autres par Agnin‰ rayim anavat, les autres par Agnay, Agn, etc.
ne veuille rien dire pour le nom divin, et offre par pur hasard ces cas
diffŽrents du nom, placŽs en tte de stances. Ds l'instant o le pote
Žtait tenu, par loi religieuse ou poŽtique, d'imiter un nom, il est
clair qu'aprs avoir ŽtŽ conduit ˆ en distinguer les syllabes, il se
trouvait, sans le vouloir, forcŽ d'en distinguer les formes, puisque son
analyse phonique, juste pour agnin‰ par exemple, ne se trouvait plus
juste (phoniquement) pour agnim, etc. Au simple point de vue phonique,
il fallait donc pour que le dieu, ou la loi poŽtique fussent satisfaits,
faire attention aux variŽtŽ du nom [É] [49] Aprs
s'tre penchŽ sur les traditions poŽtiques uniquement, pour y dŽcouvrir
des rgles de composition complexes et continues ˆ des manires de
penser, de vivre, de dire et d'inventer une organisation de la vie,
Saussure Žlargit son champ de vision vers d'autres tŽmoignages de la
langue-culture, en dehors de la Ç poŽsie È. C'est alors vers
les lettres de Pline, CŽsar et CicŽron qu'il se tourne, pour
finalement dŽcouvrir que le phŽnomne de l'anagramme s'y produit
immanquablement encore, et dans les lettres mme les plus banales. Voici
trois passages des cahiers de Saussure, montrant son grand
enthousiasme, et la certitude qu'ayant fait cette nouvelle dŽcouverte il
termine de dŽmontrer que ce n'est pas un Ç artifice
esthŽtique È, un supplŽment particulier apportŽ ˆ la langue pour
dŽnoter une intention poŽtique, qu'il aura ainsi mis au jour, mais
quelque chose d'autrement plus vaste, qu'il appelait prŽcisŽment
ailleurs Ç sentiment de la langue È ou
Ç pensŽe-son È, et appellera dans ses cahiers d'anagrammes une
Ç sociation psychologique inŽvitable et profonde È, pour
penser le caractre infiniment social et subjectif de la relation de
l'homme au langage : [É]
je cherchai, sans d'abord ouvrir CicŽron, si des lettres comme celles
de Pline auraient dŽjˆ quelques teintes de cette (affection) qui prenait
des aspects pathologiques une fois que la chose s'Žtendait ˆ la plus
simple faon de dire ses pensŽes par une lettre. Il ne fallait que peu
d'heures pour constater que soit Pline, mais ensuite d'une manire
encore bien plus frappante et incontestable toutes les Ïuvres de
CicŽron, ˆ quelque endroit qu'on ouvr”t les volumes de sa
correspondance, ou les volumes [ ] [50] nageaient littŽralement dans
l'hypogramme le plus irrŽsistible [51] et qu'il n'y avait trs
probablement pas d'autre manire d'Žcrire pour CicŽron Ð comme pour tous
ses contemporains. [52] La
prose de CŽsar [É] Žtait ce qui pourrait honntement servir de
pierre de touche pour juger si la pratique de l'hypogramme Žtait une
chose plus ou moins volontaire, ou au contraire absolument imposŽe au
littŽrateur latin : je considre en effet que s'il est prouvŽ que
C. Julius Caesar ait perdu mme peu de minutes dans ses Žcrits ou dans
sa vie ˆ faire des calembours sur le mode hypogrammatique, la chose est
sans rŽmission dans ce cas pour l'ensemble des prosateurs latins. Nous
n'en sommes pas lˆ : c'est par centaines, c'est aussi abondamment
que chez les plus gens-de-lettres des littŽrateurs que les hypogrammes
courent et ruissellent dans le texte de CŽsar. [53] L'occasion
et le sujet des lettres Ð lettres d'affaires, lettres de badinage,
lettres d'amitiŽ, lettres de politique Ð, plus que cela : l'humeur,
quelle qu'elle soit, de l'Žcrivain, qu'il se montre par exemple accablŽ
par les calamitŽs publiques, par les chagrins domestiques, ou encore
qu'il prenne un ton spŽcial pour rŽpondre ˆ des personnages avec
lesquels il se sent en dŽlicatesse ou en brouille ouverte, Ð tout cela
n'exerce aucune influence sur la rŽgularitŽ vraiment implacable de
l'hypogramme et force ˆ croire que cette habitude Žtait une seconde
nature pour tous les romains ŽduquŽs qui prenaient la plume pour dire le
mot le plus insignifiant. [54] Aprs avoir cru
dans les premiers temps, confondant sa dŽmarche de recherche et la
pratique rŽelle du vers telle que vŽcue pour qui composait une poŽsie
dans l'antiquitŽ, que la rŽalisation de l'hypogramme Žtait un vŽritable
Ç casse-tte È [55], c'est-ˆ-dire le produit d'une conscience
ma”trisŽe et vellŽitaire, Saussure aperoit l'hypogramme ˆ la fois dans
sa Ç facilitŽ relative È et dans le fait qu'il constitue une
pratique du discours intuitive, sociale et subjective. Il dŽfinira ce
rapport nŽcessaire de reprŽsentation qu'entretient le sujet ˆ sa langue
comme une Ç sociation psychologique inŽvitable et
profonde È ; la portŽe gŽnŽrale de cette dŽcouverte Žtant
toujours de poser que jamais le langage ne se donne dans un rapport
direct au sujet, que du langage on n'a toujours que des reprŽsentations,
qui correspondent ˆ autant de pratiques du sens : Mais
croire qu'autrement Ð par exemple en renversant le choix des mots comme
erat ou sublimis Ð il fžt trs difficile de donner les syllabes d'un
nom propre, ou de les donner mme (avec un peu de peine) dans l'ordre
exact o elles se suivent dans le nom Ð, serait se faire une idŽe fausse
des chances phoniques totales offertes ˆ chaque instant par la langue ˆ
qui veut les employer. Dans ce sens : elles sont assez multiples
pour n'exiger aucune combinaison laborieuse, et pour exiger simplement
une combinaison attentive, comme nous le reconnaissons. C'est
d'ailleurs cette facilitŽ relative de l'hypogramme qui explique seule
que l'hypogramme ait d'abord pu vivre, et ensuite se transmettre comme
une condition immanquable et insŽparable de toute composition littŽraire
ˆ travers les sicles et les milieux les plus diffŽrents qu'ait connus
la culture latine. C'est ˆ la condition seulement qu'il ne constitu‰t
pas un gros casse-tte Ð hors des raffinements qu'on Žtait toujours
libre de lui donner Ð que ce jeu a pu devenir l'accompagnement habituel,
pour tout Latin qui prenait la plume, de la forme qu'il donnait ˆ sa
pensŽe presque ˆ l'instant o elle jaillissait de son cerveau, et o il
songeait ˆ la mettre en prose ou en vers. Que
l'hypogramme ait atteint chez les Latins ce degrŽ d'une sociation
psychologique inŽvitable et profonde, c'est en effet ce qui rŽsulte pour
le reste de l'immensitŽ des textes, et hors de ce que j'entends dire
spŽcialement ici. [56] Ce concept fort de
Ç sociation psychologique È, tient ensemble l'idŽe d'une
pratique du langage radicalement Ç sociale È et l'idŽe que
tout sujet vit entirement et de manire profonde Ç sociŽ È
[57], c'est-ˆ-dire uni, ˆ la forme qu'il donne ˆ sa pensŽe, forme de vie
qu'il invente ˆ chaque fois nouvellement dans le prŽsent de sa parole.
Cette sociation est ainsi dŽfinie comme Ç psychologique È, ce
qui signifie pour Saussure une union infiniment subjective, telle que le
sujet se constitue lui-mme dans et par l'activitŽ de production de la
forme qu'il donne ˆ sa pensŽe. Emile Benveniste Žcrira ainsi, un
demi-sicle plus tard, Ç C'est dans et par le langage que l'homme
se constitue comme sujet È, envisageant de la mme manire que
Saussure une sociation totale, profonde et inŽvitable de l'homme au
langage. Le concept de Ç sociation psychologique È ne
dŽfinit pas un Žtat, mais bien davantage une activitŽ, coextensive ˆ la
vie ; elle ne dit pas un enfermement du sujet dans les limites
imaginŽes finies de sa culture, mais tout autrement la totale libertŽ
pour un sujet de se constituer dans l'exercice de sa langue. Ainsi, pour
Saussure comme pour Benveniste, on ne peut plus tenir sŽparŽes la
socialitŽ et la subjectivitŽ dans le langage, puisque toute pratique du
sens sera toujours sociale et subjective, instituante d'un rŽel,
ensemble Žthique et politique. Saussure est
ainsi finalement menŽ, ayant totalement dŽfait l'opposition
traditionnelle entre sujet et sociŽtŽ, ˆ se poser une question
importante pour la poŽtique, qui est celle de la coexistence d'une
Ç forme instituŽe È [58] et socialisŽe et de la subjectivation
dans le langage, jusqu'ˆ son maximum de littŽraritŽ. Comment Virgile ou
Ovide pouvaient ne pas s'tre en effet libŽrŽs d'une forme normŽe et
qui semble comme s'imposer ˆ eux dans leur Žcriture ? Finalement,
loin d'envisager la langue comme carcan, ou telle forme de pensŽe comme
une norme imposante dont il faudrait se libŽrer parce qu'elle serait
profondŽment fasciste, Saussure pensera l'union profonde du pote avec
sa langue, telle qu'il sera absolument libre de s'y inventer, de
produire une forme de pensŽe, forme de vie, radicalement neuve : Devenant
plus personnelle ˆ mesure qu'on avance dans le temps, je reconnais que
la question se relie alors de prs ˆ une intention poŽtique, ce que j'ai
niŽ ou prŽsentŽ sous d'autres aspects pour la somme des sicles avant
cette poŽsie personnelle. Voici ce que je vois ˆ rŽpondre ˆ cela :
Je n'affirme pas que Virgile ait repris l'anagramme pour les
avantages esthŽtiques qu'il y voyait ; mais je fais valoir
ceci : 1¡ On ne saurait jamais mesurer la force d'une tradition
de ce genre. Il y a bien des potes franais du XIXe sicle qui
n'auraient pas Žcrit leurs vers dans la forme prŽvue par Malherbe s'ils
avaient ŽtŽ libres. Mais en outre, si l'habitude de l'anagramme Žtait
d'avance acquise, un pote comme Virgile devait voir facilement les
anagrammes rŽpandus dans le texte d'Homre, il ne pouvait pas, par
exemple, douter que dans un morceau sur Agamemnon, un vers
comme [tŽlŽcharger l'article] fžt relatif par ses syllabes ˆ
[tŽlŽcharger], et alors, dŽjˆ prŽvenu par la tradition nationale, si
l'incomparable autoritŽ d'Homre s'ajoutait, on voit combien il pouvait
tre disposŽ ˆ ne pas s'Žcarter de la rgle, et ˆ ne pas rester
infŽrieur ˆ Homre sur un point qui avait paru bon ˆ celui-ci.
2¡ Nous nous faisons une idŽe fausse de la difficultŽ de
l'anagramme, idŽe qui aboutit ˆ se figurer qu'il faut des contorsions de
pensŽe pour y satisfaire. Quand un mot co•ncide plus ou moins avec le
mot-thme, il semble qu'il ait fallu des efforts pour arriver ˆ le
placer. Mais ces efforts n'existent pas si la mŽthode habituelle et
fondamentale du pote consistait ˆ dŽcomposer prŽalablement le
mot-thme, et ˆ s'inspirer de ses voyelles pour les idŽes qu'il allait
Žmettre ou les expressions qu'il allait choisir. C'est sur les morceaux
de l'anagramme, pris comme cadre et comme base, qu'on commenait le
travail de composition. Et qu'on ne se rŽcrie pas, car plus d'un pote
franais a avouŽ lui-mme que la rime non seulement ne le gnait pas,
mais le guidait et l'inspirait, et il s'agit exactement du mme fait ˆ
propos de l'anagramme. Je ne serais pas ŽtonnŽ qu'Ovide, et Virgile
lui-mme, aient prŽfŽrŽ les passages o il y avait un beau nom ˆ imiter,
et une mesure serrŽe donnŽe ainsi au vers, aux passages quelconques o
ils avaient la bride sur le cou, et o rien ne venait relever la forme
qu'ils avaient choisie. [59] Ce que l'on
remarquera tout d'abord, c'est la distinction que propose Saussure entre
un moment historique o l'anagramme tŽmoigne d'une intention poŽtique,
et le moment qui le prŽcde o l'anagramme semble ne relever d'aucune
intention particulire, et correspondre finalement ˆ la plus commune des
pratiques du sens. Il semble donc que cette pratique au cours de
l'histoire se soit spŽcialisŽe pour devenir enfin la forme particulire
destinŽe ˆ l'Žcriture de la poŽsie. La comparaison de cette tradition de
poŽsie anagrammatique et de la tradition de poŽsie rimŽe est
intŽressante, prŽcisŽment abordŽe comme relevant l'une et l'autre ˆ un
moment de l'histoire d'une Ç intention poŽtique È. Que
Saussure pense que le pote se sentait le plus libre en choisissant
d'Žcrire selon les rgles que lui offraient une tradition, ce qui ne le
rendait pas pour autant anachronique ˆ son Žpoque et dŽfinitivement peu
original, mais au contraire possiblement Ovide ou Virgile que nous
lisons toujours, remet profondŽment en cause l'idŽe traditionnelle que
l'originalitŽ serait contraire ˆ toute contrainte formelle. Nous pouvons
comparer cette idŽe et la manire dont StŽphane MallarmŽ apprŽhendera
l'invention du vers libre ˆ la fin du XIXe sicle. Pour MallarmŽ, en
effet, l'invention du vers libre ne se pose pas contre une tradition
formelle ˆ laquelle les potes devraient tourner le dos pour enfin
devenir libres et novateurs, mais comme la conception critique que la
littŽraritŽ ne se dŽfinit ni par l'inscription d'une Žcriture dans une
forme instituŽe, ni par le fait qu'elle y Žchappe, mais par ce que
MallarmŽ appelle Ç vers È et Ç rythme È et qui
dŽfinit une activitŽ maximale de la subjectivitŽ dans le langage. Hugo a
beau Žcrire dans une forme mŽtrique, cela ne l'empche pas de
constituer une poŽsie radicalement neuve, qui fait et continue de faire
quelque chose au langage, au sujet, ˆ la sociŽtŽ. Mais pour autant, ce
n'est pas le mtre qui fait Hugo, mais au contraire Hugo qui rŽinvente
le mtre, rŽinvente le pome, la pensŽe dans un exercice maximal du
langage : Monument en
ce dŽsert, avec le silence loin ; dans une crypte la divinitŽ ainsi
d'une majestueuse idŽe inconsciente, ˆ savoir que la forme appelŽe vers
est simplement elle-mme la littŽrature ; que vers il y a sit™t
que s'accentue la diction, rythme ds que style. Le vers, je crois, avec
respect attendit que le gŽant qui l'identifiait ˆ sa main tenace et
plus ferme toujours de forgeron, v”nt ˆ manquer ; pour, lui, se
rompre. Toute la langue, ajustŽe ˆ la mŽtrique, y recouvrant ses coupes
vitales, s'Žvade, selon une libre disjonction aux mille ŽlŽments
simples ; et, je l'indiquerai, pas sans similitude avec la
multiplicitŽ des cris d'une orchestration, qui reste verbale. [60] La
confusion entre le mtre et le Ç rythme È, la forme et le
pome est une tradition de pensŽe. On y retrouve la reprŽsentation
anthropologique ancienne, dont nous parlions au dŽbut de ce travail,
d'une expŽrience humaine rŽduite ˆ la rŽalisation infinie de modles
naturellement et conventionnellement Žtablis [61], reprŽsentation dont
on voit la mise en Ïuvre dans l'Žlaboration des grammaires, des
dictionnaires, des poŽtiques du mme. Contre cette croyance, se posent
ceux qui tiennent ensemble une thŽorie du langage, de l'histoire, du
sujet, de la sociŽtŽ, pour penser un infini de l'avnement ˆ soi, un
infini de la langue et de la culture. Ainsi Emile Benveniste Žcrit que
rien n'est dans la langue qui ne fžt d'abord dans le discours, dans la
voix, Ç nihil est in lingua quid non prius fuerit in
oratione È [62], ou revient, non sans rapport avec sa thŽorie du
langage, sur l'Žlaboration de la notion de Ç rythme È,
montrant comment une tradition nŽo-platonisŽe de la mesure et du mme,
aura fait s'effacer la conception ancienne du rythme comme organisation
du mouvement, tournant le dos ˆ toute pensŽe du sujet dans le
langage : [pour la citation, tŽlŽcharger l'article] [63]
Pour Emile Benveniste, l'exercice du langage seul fonde
l'exercice de la vie, car Ç c'est dans et par le langage que
l'homme se constitue comme sujet È. Jamais le sujet ne vit dissociŽ
du langage, car bien au contraire il se rŽalise dans une sociation
profonde et inŽvitable ˆ sa langue, sociation qui correspond ˆ
l'activitŽ toujours continuŽe d'invention de dire, invention de vivre,
et qui fait de la vie un infini de l'avnement ˆ soi, et de l'avnement
de la culture. Ferdinand de Saussure parlant de Ç sentiment de la
langue È, de Ç sociation psychologique È, de
Ç forme-sens È ou de Ç pensŽe-son È, Žlabore les
fondements d'une anthropologie attachŽe ˆ dŽcouvrir l'activitŽ humaine
comme activitŽ infinie d'invention de vivre, d'invention de la
signifiance, se rŽalisant dans et par l'exercice subjectif et toujours
continuŽ du langage. Nous commencions ce travail en reprenant la phrase
de Henri Meschonnic, Ç Et il n'y a peut-tre vraiment de langue que
tant qu'il y a une invention dans la pensŽe. Puisqu'une langue est une
histoire, elle en a l'infini È, et nous voyons ˆ quel point
Saussure s'y rencontre, ˆ penser l'humanitŽ se rŽalisant de manire
infinie dans la production de Ç formes de langage È qui sont
autant de formes de vie :
C'est la subjectivation mme d'un systme de discours [É] que
j'appelle le sujet du pome. Au sens o il y a un pome de la pensŽe.
Aussi. L'invention d'une forme de vie par une forme de langage et
insŽparablement l'invention d'une forme de langage par une forme de vie.
[64] ÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑÑ
[1] Expression de F. de Saussure ; cf. Cours
de linguistique gŽnŽrale (1916), Payot, 1967, p. 38. ; Ecrits de
linguistique gŽnŽrale, Gallimard, Paris, 2002, p. 197. [2]
En 2002, la publication des Ecrits de Linguistique gŽnŽrale relance la
rŽflexion ˆ propos de l'Ïuvre de Ferdinand de Saussure. Cette rŽflexion
n'avait probablement jamais cessŽ, puisque depuis la publication du
Cours de linguistique gŽnŽrale en 1916 et jusqu'ˆ maintenant Saussure
Žtait toujours restŽ une rŽfŽrence fondamentale. Que l'on ouvre un
quelconque livre de sciences humaines on ne manquera pas d'y trouver le
nom de Ferdinand de Saussure. NŽanmoins comme on le sait c'Žtait un
Saussure rŽŽcrit que l'on avait gŽnŽralement jusqu'ˆ lˆ sous les yeux,
sauf pour ceux que Saussure intŽressait particulirement et qui avaient
dŽjˆ ˆ leur disposition des Žcrits de Saussure. [3]
Rappelons le fameux passage du Cours de linguistique gŽnŽrale, op. cit.
(C.L.G.), p. 97 : Ç Pour certaines personnes la langue,
ramenŽe ˆ son principe essentiel, est une nomenclature, c'est-ˆ-dire une
liste de termes correspondant ˆ autant de choses. [É] È. Voir
aussi les Ecrits de linguistique gŽnŽrale, op. cit. (E.L.G), notamment
p. 230. [4] Henri Meschonnic, De la langue franaise, Hachette littŽratures, collection Ç Pluriel È, Paris, 1997, p. 412.
[5] Emile Benveniste, Ç CatŽgories de pensŽe et catŽgories de
langue È, in Problmes de linguistique gŽnŽrale, 1, Gallimard,
Paris, 1966, p. 70. [6]
Concept majeur d'Emile Benveniste, l'institution dŽfinit la manire
toujours particulire par laquelle s'organise la vie des sociŽtŽ,
manire dont se dit, se vit l'organisation d'un monde, et qui fonde le
discours comme seul instituant de la vie. Voir Le Vocabulaire des
institutions indo-europŽennes, (2 vol.), Minuit, Paris, 1969. [7]
Ç Die Sprache liegt nur in der verbundenen Rede, Grammatik und
Wšrterbuch sind kaum einem todten Gerippe vergleichbar. È :
Wilhelm von Humboldt, †ber die Verschiedenheit des menschlichen
Sprachbaues und ihren Einfluss auf die geistige Entwicklung des
Menschengeschlechts, in Gesammelte Schriften, (17 volumes), Žd. Albert
Leitzmann et al., Behr, Berlin, 1903-1936, Volume VI, p. 147 / pour la
traduction franaise, De la diversitŽ dans le langage humain et de son
influence sur le dŽveloppement spirituel du genre humain, in
Introduction ˆ l'Ïuvre sur le kawi, Seuil, Paris, 1974, p. 166. [8]
Emile Benveniste, Ç Les niveaux de l'analyse
linguistique È, in Problmes de linguistique gŽnŽrale, 1, op. cit.
(P.L.G. 1), p. 131. [9] C.L.G., pp. 13, 118. [10] C.L.G., p. 136 [11] C.L.G., pp. 117, 128, 189, 190, 256 ; E.L.G., p. 187. [12]
Ç Analyse subjective et analyse objective È et
Ç L'analyse subjective et la dŽtermination des sous-unitŽs È
sont les titres de parties du Cours de linguistique gŽnŽrale, pp.
251-259 ; cf. pp. 253, 258 ; Ç analyse des sujets
parlants È (p. 254). [13] C.L.G., p. 258. [14] E.L.G., pp. 184, 193, 195. [15] E.L.G., p. 185. [16]
Cf. C.L.G., p. 109 : Ç le signe est dans le cas de
s'altŽrer parce qu'il se continue È ; E.L.G., p. 329 :
Ç que c'est par le fait mme que les signes se continuent qu'ils
arrivent ˆ s'altŽrer È. [17] C.L.G., p. 128. [18] C.L.G., p. 128 ; E.L.G., pp. 104, 227-228, 263. [19] Marcel Mauss, Ç Les techniques du corps È (1934), in Sociologie et anthropologie, PUF, Paris, 1983, pp. 365-386. [20]
Nous renvoyons au travail d'Emile Benveniste dans son article
Ç SŽmiologie de la langue È, dans lequel il montre que la
langue est le seul systme de signes interprŽtant et produisant les
autre systmes de signes. (Emile Benveniste, Ç SŽmiologie de la
langue È (1969), in Problmes de linguistique gŽnŽrale, 2,
Gallimard, Paris, 1974, pp.43-66). [21] E.L.G., p. 195. [22] E.L.G., p. 17. [23] E.L.G., pp. 183-184. [24] E.L.G., p. 230. [25]
Voir aussi ˆ propos de la tradition de la paronomase, l'article de
Daniele Gambarara, Ç L'origine des noms et du langage dans la Grce
ancienne È, Histoire des idŽes linguistiques (sous la direction de
Sylvain Auroux), T. 1, Mardaga, Lige - Bruxelles, 1989, pp. 79-97. [26]
Il est Žgalement trs intŽressant de mettre en regard cette idŽe d'une
sacralisation du nom et le travail d'Emile Benveniste sur la blasphŽmie
et l'euphŽmie, Benveniste montrant la situation particulire du nom dans
le processus de transgression, dans la constitution des tabous de
parole (Ç La blasphŽmie et l'euphŽmie È (1966), in Problmes
de linguistique gŽnŽrale, 2, op. cit., [P.L.G. 2], pp. 254-257). Aussi,
il semblera continu d'observer dans ce sens le travail de Freud sur le
mot d'esprit pour distinguer la place fondamentale que prend le nom dans
les processus psychanalytiques (Sigmund Freud, Le mot d'esprit et sa
relation ˆ l'inconscient, Gallimard, Paris, 1988 / Der witz und seine
beziehung zum unbewussten, Dueticke, Leipzig / Vienna, 1905). [27] C.L.G., p. 156. [28] E.L.G., p. 202. [29] E.L.G., p. 17. [30] C.L.G., p. 156. [31]
Cours de linguistique gŽnŽrale. Premier et troisime cours d'aprs les
notes de Riedlinger et Constantin, texte Žtabli par E. Komatsu,
universitŽ Gakushuin, collection Ç Recherches universitŽ
Gakushuin È, n¡24, 1993, p. 292. [32] Emile Benveniste, Ç Structuralisme et linguistique È, in P.L.G., 2, p. 19. [33]
E.L.G., pp. 20-21. Voir aussi : Ç Ce qui est opposable au son
matŽriel, c'est le groupe son-idŽe, mais absolument pas l'idŽe. È,
E.L.G., p. 202. [34] Emile Benveniste, Ç Saussure aprs un demi-sicle È (1963), in P.L.G. 1, p. 37.
[35] Lettre de Ferdinand de Saussure ˆ Antoine Meillet, [4 janvier
1894], Ç Lettres de Ferdinand de Saussure ˆ Antoine Meillet È
(publiŽes par E. Benveniste), in Cahiers Ferdinand de Saussure, 21,
(1964), p. 95. (Pour cette lettre uniquement et son commentaire par E.
Benveniste, cf. P.L.G. 1, pp. 37-38.) [36] Emile Benveniste, Ç Saussure aprs un demi-sicle È, op. cit., p. 37. [37] Jean Starobinski, Les mots sous les mots, Les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Gallimard, Paris, 1971, p. 84. [38] Ibid., pp. 46-47. [39] Ibid., p. 123. [40] Ibid., p. 29.
[41] Lettre de Ferdinand de Saussure ˆ Antoine Meillet, Vufflens sur
Morges, 23 Sept. 07, Ç Lettres de Ferdinand de Saussure ˆ Antoine
Meillet È (Emile Benveniste Žd.), op. cit., p.110. [42] Idem., p.111. [43] Idem., p.109. [44] Daniele Gambarara, Ç L'origine des noms et du langage dans la Grce ancienne È, op. cit., pp. 79-97. [45]
Cf. Michel Adns, L'invention du Nouveau Monde. Arts des langues et
mŽtiers des grammairiens, thse de doctorat, sous la direction de Henri
Meschonnic, UniversitŽ Paris 8, 1990 ; notamment la partie
Ç De etymologia et diasynthesis quasi mixtim È (pp. 215-238)
portant spŽcifiquement sur la recherche menŽ par Jean Balbi d'une
interprŽtation spŽculative ˆ propos de la matire des noms ˆ travers les
paragrammes qui les glosent (par exemple, Ç cadaver, quasi caro
data vermibus È, p. 255), pratique d'une rŽflexion s'offrant
mŽditative, Ç 'pourvu que quelqu'un veuille en mŽditer' È (p.
237). [46] Sans
doute faudrait-il toujours dire Ç indo-europŽenne, mŽditerranŽenne
et proche orientale tant on peut parler d'une histoire commune, ne
pouvant pas rŽduire ce grand espace culturel ˆ un espace gŽographique ou
linguistique. [47] Les mots sous les mots, op. cit., pp. 39-40. [48] Ibid., p. 36. [49] Ibid., pp. 37-38. [50] Ibid., Note de J. Starobinski : Ç en blanc dans le manuscrit È. [51] Ibid. , Note de J. Starobinski : Ç Lecture incertaine ; peut-tre 'irrŽcusable' . È [52] Ibid., pp. 115-116. [53] Ibid., p. 116. [54] Ibid., p. 117. [55]
Ç Le rŽsultat est tellement surprenant qu'on est portŽ ˆ se
demander avant tout comment les auteurs de ces vers (en partie
littŽraires, comme ceux d'Andronicus et Naevius) pouvaient avoir le
temps de se livrer ˆ un pareil casse-tte : car c'est un vŽritable
jeu chinois que le Saturnien, en dehors mme de toute chose regardant la
mŽtrique. È, Les mots sous les mots, op. cit., p. 21. [56] Ibid., p. 119. [57]
Le verbe Ç socier È appara”t dans le dictionnaire du XIXe
sicle de Pierre Larousse comme signifiant Ç joindre, unir,
associer : Ç socier plusieurs personnes È, ou
Ç s'accorder, faire alliance È : Ç Les hommes
socient parce qu'ils s'en trouvent bien È. [58] Les mots sous les mots, op. cit., p. 125. [59] Les mots sous les mots, op. cit., pp. 125-127.
[60] StŽphane MallarmŽ, Crise de vers, in Revue Blanche, septembre
1895 ; puis in Divagations (1897), PoŽsie/Gallimard, Žd. 1976, p.
240. [61] On aura effectivement vu que Ç nature È et Ç convention È ne sont pas des idŽes adverses. [62] Emile Benveniste, Ç Les niveaux de l'analyse linguistique È, in P.L.G. 1, p. 131
[63] Emile Benveniste, Ç La notion de 'rythme' dans son
expression linguistique È, in P.L.G. 1, pp. 334-335. [64]
Henri Meschonnic, Ç Continuer Humboldt È, in Wilhelm von
Humboldt - Editer et lire Humboldt, Les dossiers d'H.E.L. (SupplŽment
Žlectronique ˆ la revue Histoire EpistŽmologie Langage publiŽ par la
SociŽtŽ d'histoire et d'ŽpistŽmologie des sciences du langage), n¡ 1,
dirigŽ par A. M. Chabrolle-Cerretini, juin 2002,
http ://htl.linguist.jussieu.fr/num1/meschonnic.htm (consultŽe le
09/02/2005). | |