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pŽriode romantique s'intŽresse peu ˆ Shakespeare pote, encore moins au
Ç sonneur de sonnets È, comme le nommera un de ses
traducteurs tardifs, Alfred Copin [1]. Les premires traductions de ses
Ïuvres ne comprennent gŽnŽralement pas les pomes, et il faut attendre
le milieu du XIXe sicle pour que ceux-ci y trouvent leur place. Lorsque
Pierre Letourneur fait para”tre entre 1776 et 1783 la premire
traduction des Ïuvres compltes de Shakespeare Ñ vŽritable ŽvŽnement
littŽraire en 20 volumes, chez la Veuve Duchesne Ñ, il en exclut tous
les pomes, sans mme s'en justifier. Franois Guizot et AmŽdŽe Pichot
dans leur Ždition rŽvisŽe de cette mme traduction, parue en 1821
(treize volumes, distribuŽs par souscription chez Ladvocat) incluent
certes une traduction en prose (Ïuvre du seul Pichot) de Ç La Mort
de Lucrce È et de Ç VŽnus et Adonis È, mais seulement un
maigre choix de six sonnets rendus en prose (vol. 1). Les deux autres
traductions de la premire moitiŽ du XIXe sicle, celle de Francisque
Michel (1839) et celle, fort injustement nŽgligŽe aujourd'hui, de
Benjamin Laroche (1839-1840), ne concernent quant ˆ elles que le
thމtre. Il faut attendre Franois-Victor Hugo et son Ždition en
dix-huit volumes publiŽs entre 1859 et 1866 pour que les pomes prennent
leur place ˆ part entire et dans leur intŽgralitŽ dans le corpus
shakespearien. Les traductions qui suivent entŽrinent dŽfinitivement
cette pratique, ainsi celle d'ƒmile MontŽgut (1867-73), vouŽe ˆ une
grande diffusion. C'est donc ˆ
Franois-Victor Hugo que l'on doit la premire traduction franaise
intŽgrale des Sonnets de Shakespeare. Curieusement, c'est par eux qu'il
avait inaugurŽ sa carrire de traducteur : avant mme de publier
les Ïuvres compltes, il les avait fait para”tre sŽparŽment, en 1857 Ñ
annŽe importante pour l'histoire littŽraire franaise, puisque c'est
aussi celle de la parution de Madame Bovary, mais surtout des Fleurs du mal
[2]. Ë ce titre, il fait figure de prŽcurseur : la version d'ƒmile
MontŽgut lui est d'ailleurs fortement redevable et son choix de la
prose pour traduire le vers shakespearien va faire date. Franois-Victor
Hugo s'insre naturellement dans la tradition dŽjˆ bien Žtablie des
traductions romantiques qui, par souci de modernitŽ, traduisent la
poŽsie en prose. Ainsi, pendant un sicle, de Letourneur ˆ MontŽgut, la
traduction du thމtre shakespearien se fait intŽgralement en prose Ñ
cette pratique a pour effet pervers de gommer les Žcarts, souvent
signifiants, entre prose et vers, dans les pices. Les pomes sont
soumis au mme traitement. Hugo ne juge pas nŽcessaire de justifier son
choix d'une prose souple qui reprend la division en strophes, ni dans
l'Ždition sŽparŽe des Sonnets, ni dans l'Ždition des Ïuvres
compltes : c'est qu'il s'insre dans cette pratique bien ancrŽe de
rejet du vers en traduction ˆ laquelle Chateaubriand, entre autres,
avait donnŽ ses fondements thŽoriques dans les prŽliminaires ˆ son
influente traduction du Paradis perdu de Milton (1836) [3]. Or
c'est dans ce contexte qu'un an avant la traduction intŽgrale des
sonnets, en 1856, un certain Ernest Lafond fait para”tre une traduction
de quarante-huitsonnets, en alexandrins [4]. La seule autre tentative de
traduction des sonnets en vers au XIXe sicle aura lieu sera celle
d'Alfred Copin en 1888, mais le contexte est alors beaucoup devenu plus
favorable ˆ la traduction poŽtique ; on peut d'ailleurs noter que
depuis cette date, la plupart des traductions des sonnets sont en vers.
La traduction de Lafond appara”t donc ˆ un moment de pliure important
dans l'histoire littŽraire du sicle et dans l'histoire de la pratique
traductive, un an avant la parution des Fleurs du mal Ñ on sait quelle
place elles font au sonnet Ñ, et de la magistrale traduction de
Franois-Victor Hugo. Quel r™le joue donc la traduction des Sonnets de
Shakespeare dans cette querelle du vers et de la prose Ñ querelle dont
il a ŽtŽ montrŽ qu'elle a jouŽ aussi un r™le dŽterminant dans
l'Žmergence, par ailleurs, de la prose poŽtique [5] ? Or dans ce
contexte, la version de Lafond prend des allures de manifeste pour la
rŽhabilitation de la traduction en vers Ñ telle, par exemple, que
l'avait cŽlŽbrŽe l'AbbŽ Delille dans son importante prŽface aux
GŽorgiques du dŽbut du sicle Ñ, mais elle peut aussi se lire comme une
dŽfense et illustration et de la forme du sonnet.
Les enjeux thŽoriques qui sous-tendent une traduction des
sonnets de Shakespeare en vers sont donc clairs : pour le
classicisme d'un Delille et contre Chateaubriand et la traduction
romantique, Lafond offre une Ç premire traduction È [6] des
sonnets rŽsolument personnelle, peu littŽrale, qui obŽit ˆ des choix
esthŽtiques ˆ contre-courant de son Žpoque Ñ et annoncent paradoxalement
la rŽhabilitation du sonnet par Baudelaire et, plus tard, par les
symbolistes. Rappelons les termes du dŽbat qui oppose tenants de la
traduction en prose et ceux de la traduction en vers. Benjamin Laroche,
qui est aussi traducteur de Byron, dŽfend cr‰nement dans sa prŽface aux
Ïuvres du pote romantique le choix d'une prose qui serait ˆ la poŽsie
Ç calque fidle sous le double point de vue de l'exactitude et de
l'art È et reproduirait Ç tout ˆ la fois le fond et la forme,
le dessin et les couleurs, la substance et les effets poŽtiques È
[7]. La mŽtaphore picturale semble tout droit tirŽe de l'avant-propos
que Chateaubriand donne ˆ sa traduction de Milton, qu'il voulait
Ç calquŽe ˆ la vitre È, mme si c'est une mŽtaphore ancienne
[8]. Or comme Laroche, Chateaubriand veut promouvoir un nouveau genre de
traduction littŽrale, qui ne pouvait tre servie que par une prose
libŽrŽe des entraves de la contrainte poŽtique :
[C]'est une traduction littŽrale dans toute la force du terme
que j'ai entreprise, une traduction qu'un enfant et un pote pourront
suivre sur le texte, ligne ˆ ligne, mot ˆ mot, comme un dictionnaire
ouvert sous leurs yeux. Ce qu'il m'a fallu de travail pour arriver ˆ ce
rŽsultat, pour dŽrouler une longue phrase d'une manire lucide sans
hacher le style, pour arrter les pŽriodes sur la mme chute, la mme
mesure, la mme harmonie ; ce qu'il m'a fallu de travail pour tout
cela ne peut se dire. [9] Ce choix
l'avait amenŽ ˆ refuser les sŽductions du beau style pour privilŽgier
une prose rugueuse, voire inŽlŽgante (contre, d'ailleurs, la pratique de
beaucoup de traducteurs contemporains), mais, du moins l'espŽrait-il,
fidle ; et l'Žcrivain sent bien la nouveautŽ de son
entreprise : Me serait-il permis
d'espŽrer que si mon essai n'est pas trop malheureux, il pourra amener
quelque jour une rŽvolution dans la manire de traduire ? Du temps
d'Ablancourt les traductions s'appelaient de belles infidles ;
depuis ce temps-lˆ on a vu beaucoup d'infidles qui n'Žtaient pas
toujours belles : on en viendra peut-tre ˆ trouver que la
fidŽlitŽ, mme quand la beautŽ lui manque, a son prix. [10]
Dans cette dŽmarche, Chateaubriand s'oppose nommŽment ˆ
l'AbbŽ Delille qui dŽfendait, au dŽbut du sicle, la supŽrioritŽ de la
traduction en vers pour des raisons analogues, c'est-ˆ-dire comme Žtant
selon lui la plus ˆ mme de rŽpondre au double impŽratif de fidŽlitŽ et
d'honntetŽ traductive ˆ l'Žgard du modle, [11] impŽratif que Delille
dŽcrit comme intrinsquement liŽ ˆ la productivitŽ de la
contrainte : [L]'harmonie de la
prose ne sauroit reprŽsenter celle des vers. La mme pensŽe, rendue en
prose ou en vers, produit sur nous un effet tout diffŽrent. [...] Un
autre charme de la poŽsie, comme de tous les autres arts, c'est la
difficultŽ vaincue. Une des choses qui nous frappent le plus dans un
tableau, dans une statue, dans un po‘me, c'est qu'on ait pu donner au
marbre la flexibilitŽ ; [...] c'est que des vers, malgrŽ la gne
de la mesure, aient la mme libertŽ que le langage ordinaire ; et
c'est encore un avantage dont le traducteur en prose prive son original.
[12] C'est prŽcisŽment de ce point
de vue que semble se faire l'Žcho Ernest Lafond lorsqu'il justifie le
choix de la poŽsie pour traduire le sonnet dans un ouvrage de 1848 ÿÑ un
choix de sonnets traduits de Dante, de PŽtrarque et de
Michel-Ange Ñ il reprend alors ˆ son tour les images habituelles
tirŽes des champs pictural et musical :
Une traduction bien faite doit tre comme la gravure d'un
tableau ; [...] afin d'en approcher le plus possible, nous avons
d'abord traduit en vers, parce que le vers seul peut tenter de
reproduire la couleur et l'harmonie du vers.
Mais Lafond ajoute une contrainte supplŽmentaire : sa
traduction adoptera, comme l'original, la forme du sonnet, au motif que
la traduction est comme la reproduction d'un portrait : Ç nous
avons conservŽ la forme rigoureuse du sonnet ; car il nous semble
que c'est le moins qu'on puisse faire que de conserver ˆ l'auteur qu'on
traduit la physionomie qu'il a prŽfŽrŽe È. [13] Cette image du
texte original comme un portrait ˆ imiter s'applique tout
particulirement au sonnet, qui est dŽcrit comme un genre intimiste.
Elle nous rappelle que les Sonnets de Shakespeare sont perus au
XIXe sicle comme un portrait intime de l'auteur et qu'ˆ ce titre,
les critiques leur reprochent frŽquemment d'tre presque trop
personnels. Ce sont, comme l'Žcrit Lafond, Ç comme des pages
ŽchappŽes d'un journal ; on y surprend quelquefois le secret de la
vie de l'homme en dehors du thމtre, dont il rougit È (p. 2-3). En
1888, Alfred Copin proposera mme de les intituler Ç les
Confessions de Shakespeare È [14]. Mais la rŽaction de rejet est
aussi esthŽtique : trop maniŽrŽs, ils portent trop la marque d'une
esthŽtique rŽsolument passŽe de mode. Ainsi, Pichot, en 1821, reproche
au sonnet d'tre une forme du passŽ, un fossile, dans le paysage
littŽraire franais : [N]ous ne sommes plus au temps o Boileau disait : Un sonnet sans dŽfaut vaut seul un long po‘me. Ce genre de poŽsie, tout-ˆ-fait tombŽ en France, a repris faveur en Angleterre, depuis Bowles et Wordsworth. [15]
Lafond lui-mme, malgrŽ son gožt revendiquŽ pour le genre Ñ
il avait dŽjˆ traduit un recueil de sonnets italiens, paru en 1848 Ñ,
prend acte de cette dŽfaveur relative pour le sonnet dans un texte bien
postŽrieur, datŽ de 1881 [16]. Publiant alors ses propres poŽsies ˆ
l'automne de sa vie, il imagine un dialogue qui l'opposerait ˆ un
dŽtracteur du genre, dans un sonnet intitulŽ Ç Un ennemi du
Sonnet È : Publier vos sonnets ! quelle mouche vous pique ? C'est un genre ennuyeux, je vous le dis tout net. Ñ Permettez, permettez, cher monsieur, le sonnet Est un cadre mignon, une mŽdaille antique, Un coffret ciselŽ. Ñ Dites donc un cornet. Ils sont courts. Ñ Mais nombreux ; leur race est prolifique, Et j'aimerais mieux lire un long pome Žpique. Quand il est isolŽ, c'est un fat en corset. Puis le trait de la fin... Toujours la mme chute ; Dans le mme fossŽ c'est la mme culbute ; Ce que Molire en dit, vous vous en souvenez ? Il va parler encor... Je vous passe le reste ; Mais n'allez pas, lecteur, souhaiter, comme Alceste, Que je fasse une chute ˆ me casser le nez. [17]
Monotonie, artificialitŽ, contrainte stŽrile : ce sont
les reproches principaux que l'on fait au sonnet avant 1850, forme jugŽe
acadŽmique et galvaudŽe. En outre, les dŽtracteurs des Sonnets de
Shakespeare leur reprochent leur obscuritŽ relative, liŽe ˆ une certaine
prŽciositŽ (le choix de la pointe), ˆ un gožt pour l'Žquivoque, ainsi
qu'ˆ l'influence d'une esthŽtique Ç savante È, nourrie de
rŽfŽrences mŽtaphysiques devenues inintelligibles. Pichot, toujours,
Žcrit ainsi des sonnets shakespeariens :
On y trouve une douceur de sentiment qui n'est pas exempte de
quelque recherche, mais qui intŽresse comme l'expression naturelle des
sentimens d'un po‘te chantant son amour dans un sicle o les amans
empruntaient ˆ l'Žrudition des thŽologiens et au jargon de la
scolastique la forme de leurs plus tendres dŽclarations. (op. cit., p.
147-48) Ainsi, on reproche tour ˆ
tour aux sonnets de Shakespeare leur caractre trop intime, qui heurte
le gožt de l'Žpoque, voire les mÏurs pour certains sonnets adressŽs au
jeune homme, lesproblmes esthŽtiques qu'ils soulvent Ñ liŽs ˆ la forme
du sonnet Ñ, mais aussi, plus spŽcifiquement, leur obscuritŽ et
leur appartenance ˆ une esthŽtique nŽopŽtrarquiste, donc historiquement
marquŽe. Ces objections mnent les
traducteurs ˆ faire des choix parfois spectaculaires. Ainsi
Franois-Victor Hugo change radicalement l'ordre des sonnets et traite
l'ensemble comme une Žnigme ˆ rŽsoudre ou une image brouillŽe ˆ
reconstituer, probablement gnŽ par la sŽparation trop visible entre les
deux sŽquences successives, les sonnets au Ç fair youth È
suivis des sonnets ˆ la Ç dark lady È :
Ë force de relire ces po‘mes, en apparence dŽcousus, nous
fin”mes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unitŽ perdue. Il
nous sembla que les sonnets avaient ŽtŽ jetŽs ple-mle dans l'Ždition
de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants
s'amusent ˆ remettre en ordre les morceaux. Nous f”mes comme les
enfants : nous nous m”mes patiemment ˆ rapprocher, dans ces
poŽsies, les morceaux en apparence les plus ŽloignŽs, et nous rŽun”mes
ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. [18]
Il n'est pas le seul ˆ ressentir le besoin de rŽorganiser le
recueil : si ƒmile MontŽgut respecte quant ˆ lui l'ordre de
l'Ždition de 1609, Alfred Copin en 1888 procde, comme Hugo, ˆ une
profonde rŽorganisation du recueil, en classant les sonnets selon six
axes thŽmatiques (Amour, AmitiŽ, SŽparation, Misanthropie, PostŽritŽ et
ImmortalitŽ) [19]. Dans les deux cas de rŽorganisation complte, la
rŽorganisation vise ˆ attŽnuer les effets d'antithses, morales autant
qu'esthŽtiques, entre les sonnets au jeune homme et ceux adressŽs ˆ la
Ç dame noire È. Ernest
Lafond, tout admirateur du sonnet qu'il soit, est bien conscient des
problmes Žthiques et esthŽtiques que posent les Sonnets shakespeariens,
et il y rŽpond par un Ç projet traductif È (ou un
Ç systme de traduction È, pour reprendre l'expression de
Delille et de Chateaubriand) cohŽrent, qui trahit des options
idŽologiques fortes. Lafond a laissŽ peu de traces de son activitŽ
littŽraire : outre cette traduction partielle des sonnets de
Shakespeare et du choix de sonnets italiens dŽjˆ mentionnŽs, il a
Žgalement publiŽ quatre volumes d'Ïuvres choisies traduites de
l'anglais, dans une sŽrie intitulŽe Les Contemporains de Shakespeare
(quatre volumes, consacrŽs respectivement ˆ Ben Jonson Ñ deux tomes Ñ,
Massinger, Beaumont et Fletcher, enfin Webster et Ford) [20]. Il publie
aussi en 1857 une Žtude sur la vie et les Ïuvres de Lope de Vega, puis
vingt ans plus tard une anthologie de traductions de pomes divers
dŽdiŽs ˆ la Vierge [21]. Dans les mmes annŽes, il fait para”tre sa
propre poŽsie lyrique, les deux volumes paraissant la mme annŽe, en
1881, Sonnets aux Žtoiles et Les dernires pages [22]. Les
renseignements biographiques dont on dispose sont lacunaires : fils
d'un marchand de vin, il na”t en 1807 et appartient ˆ une famille qui
fait fortune dans la banque : son frre, Antoine-Narcisse Lafond,
est dŽputŽ, pair de France et un temps rŽgent de la Banque de France
(mort en 1865) ; son neveu , avec qui il traduira des sonnets
italiens de la Renaissance, est un riche philantrope et Žcrivain
religieux, Etienne-Edmond Lafond (1821-1875), qui se fera appeler Comte
Lafond (il est annobli par dŽcret pontifical en 1868), auquel on doit
une sŽrie de rŽcits de souvenirs de voyages et quelques Žtudes sur
l'histoire du catholicisme ainsi que plusieurs Ïuvres Ždifiantes [23].
La gravure qui accompagne l'Ždition de ses pomes de 1881 nous le montre
posant en patriarche ˆ la Hugo. Sa poŽsie rŽvle le notable aisŽ,
plut™t conservateur, liŽ ˆ l'aristocratie et catholique, puisqu'une
partie de sa production poŽtique est religieuse. Ce conservatisme se
reflte dans sa traduction des Sonnets.
Son choix de sonnets suit l'ordre de l'Ždition de 1609 et Lafond
fait montre d'un certain souci de reprŽsentativitŽ, puisque, hormis pour
les vingt premiers sonnets (omis), la plupart des grandes
Ç sŽries È sont reprŽsentŽes (avec une concentration
supŽrieure pour les sonnets 90 ˆ 104). Sont exclus les pomes les plus
amers, notamment les plus accusateurs envers le jeune homme, et le
traducteur concentre son attention sur les sonnets qui traitent plus
spŽcifiquement des sentiments amoureux du pote. Enfin, il omet les
sonnets 131 ˆ 142, parmi les plus cyniques du recueil. L'image des
sonnets qu'il donne dans cette traduction ŽlŽgante mais qui ne
s'embarrasse pas de littŽralitŽ, privilŽgie donc nettement les pomes
d'amour sans nuage, mais aussi les pomes d'introspection Ñ notamment
ceux qui parlent de la mort. L'aspect nŽo-platonicien du recueil n'est
pas rendu : le traducteur semble avoir eu quelques difficultŽs avec
les sonnets au jeune homme et en particulier la notion de
Ç love È, qu'il traduit tant™t par amour, tant™t par amitiŽ.
Il n'hŽsite pas d'ailleurs ˆ fŽminiser l'instance interlocutrice dans
les sonnets o il juge qu'il est question d'amour. Ainsi sur les
quarante sonnets tirŽs de la section dŽdiŽe au jeune homme, quatre sont
des pomes d'amitiŽ, adressŽ ˆ un jeune homme, seize deviennent sous la
plume de Lafond des pomes d'amour dŽdiŽs ˆ la dame aimŽe, et enfin
vingt ˆ l'tre aimŽ sans plus de prŽcision. Le traducteur ajoute
frŽquemment des invocations ˆ la dame aimŽe ou opre des substitutions
de pronoms personnels Ñ voire substitue une expresssion comme Ç ma
dame È ou Ç ma ma”tresse È ˆ un pronom personnel ˆ la
deuxime ou ˆ la troisime personne du singulier, masculin Ñ, au mŽpris
du texte anglais ; ainsi le distique final du sonnet 65 (ici
XVII) : Ç A moins que par miracle, et j'ose le prŽvoir, / Ma
dame dans mes vers ne revive Žternelle ! È (p. 19) [24], ou
dans sa version du sonnet 21, l'expression Ç mother's child È
qui devient Ç fille d'éve È ; ou encore le sonnet 32,
lorsqu'il se fait l'Žcho de Ronsard : Oh ! si tu me survis le jour o le trŽpas Aura couvert mes os de sa morne poussire, Ma douce amie, un soir peut-tre tu liras Ces pauvres vers, enfants de ma muse grossire. [25]
Cette normalisation, voire banalisation, du recueil
correspond ˆ un vŽritable systme de traduction ; elle ne porte pas
seulement sur le sexe de l'tre aimŽ, mais concerne plus gŽnŽralement
la dimension idŽologique du recueil et sa dimension esthŽtique. Dans le
sonnet 109 (XXXVI chez Lafond, p. 38), on voit ainsi le traducteur faire
l'Žloge du Ç doux foyer domestique È, alors que Shakespeare
ne parlait que de Ç home of love È. Ailleurs, il peut lui
arriver d'ajouter une rŽfŽrence ˆ Dieu, comme dans le sonnet 65 :
Ç Oh ! terribles pensers ! quel Dieu faut-il
prier ?/ Et pour le dŽrober ˆ l'avare usurier, / O cacher ce joyau
dont la flamme Žtincelle ? È (XVII, p. 19). La version
shakespearienne Žtait nettement plus sobre : Ç O fearful
meditation ! where, alack, / Shall Time's chest lie
hid ? È (p. 257) On se souvient que Lafond dŽcrit le sonnet
comme un Ç cadre mignon È, un Ç coffret
ciselŽ È : de fait, ce qui frappe ˆ la lecture est la
sentimentalisation accrue des sonnets, qui passe par une certaine
banalisation rŽsultant de l'emploi d'images clichŽs ou d'expressions
convenues. Le tout obŽit ˆ une stratŽgie d'annoblissement poŽtique
dŽlibŽrŽe, qui correspond ˆ la transposition dans un idiome poŽtique
contemporain et s'accompagne du refus du trivial et de la dissonance ou
de l'Žcart pour tirer les Sonnets vers l'harmonie et le familier.
Ë la forme du sonnet shakespearien (trois quatrains, rimant
ababcdcdefef, et un distique final), Lafond substitue le sonnet franais
et son schŽma classique tel qu'il est dŽjˆ prŽsent chez Du Bellay ou
chez Ronsard (deux quatrains, deux tercets, avec un schŽma de rimes plus
classique : abab Ñvariante : abbaÿÿÑ / abab Ñ variante :
abba / ccd eed). Cette recherche l'amne ˆ diluer le distique anglais
dans le dernier tercet, quitte abrŽger le deuxime ou le troisime
quatrain originel Ñ c'est d'ailleurs une caractŽristique de sa
traduction que de rŽsister constamment ˆ la copia shakespearienne, en
particulier lˆ o Shakespeare utilise plusieurs images successives pour
illustrer la mme idŽe. Le sonnet 29 constitue un exemple
caractŽristique de cette tendance (Lafond, IV, p. 6) :
Lorsque disgr‰ciŽ du ciel et de la
terre,
Je me vois ici-bas comme un lŽpreux jetŽ, Je maudis le destin ; et ma voix solitaire Pousse un cri de douleur qui n'est pas ŽcoutŽ.
MŽcontent de la part dont le ciel m'a
dotŽ,
Au ciel ainsi j'irai porter mon chant sonore ; Car ta tendre amitiŽ rend mon destin plus doux, Et de celui des rois je ne suis plus jaloux. Mais, quand je pense ˆ toi, mon cÏur redevient pur, Et comme l'alouette, au lever de l'aurore, Quitte l'humble sillon pour se baigner d'azur... Au ciel ainsi j'irai porter mon chant sonore ; Car ta tendre amitiŽ rend mon destin plus doux, Et de celui des rois je ne suis plus jaloux. When, in disgrace with fortune and men's eyes, I all alone beweep my outcast state, And trouble deaf heaven with my bootless cries And look upon myself, and curse my fate, Wishing me like to one more rich in hope, Featured like him, like him with friends possess'd Desiring this man's art and that man's scope, With what I most enjoy contented least ; Yet in these thoughts myself almost despising, Haply I think on thee, and then my state, Like to the lark at break of day arising From sullen earth, sings hymns at heaven's gate ; For thy sweet love remember'd such wealth brings That then I scorn to change my state with kings. [26]
Cette confrontation appelle plusieurs remarques. D'une part,
le gauchissement de la rŽfŽrence religieuse : ˆ Ç deaf
heaven È, qui Žvoque un Dieu cachŽ, sourd ˆ toute prire, Lafond
substitue plus platement Ç un cri de douleur qui n'est pas
ŽcoutŽ È Ñ la rŽfŽrence aux cieux sourds ˆ la plainte est omise, ce
qui peut se lire comme une tentative d'attŽnuer l'expression du doute
religieux. En revanche, le traducteur introduit deux clichŽs
sentimentaux : Ç Je sens au fond du cÏur l'envie
involontaire È (quasi-plŽonasme), puis Ç mon cÏur devient
pur È (ajout pur et simple), tandis que Ç sings hymns at
heaven't gate È est dŽdoublŽ en Ç quitte l'humble sillon pour
se baigner d'azur... È Ñ par un Žtoffement rŽminiscent,
semble-t-il, de Victor Hugo Ñ et Ç Au ciel j'irai porter mon chant
sonore È (nouveau plŽonasme). Enfin, il gomme la mŽtaphore
Žconomique qui sature le texte shakespearien Ñ autre constante chez le
traducteur Ñ, en l'omettant tout ˆ fait : Ç such wealth
brings È est Ç sentimentalisŽ È en Ç rend mon destin
plus doux È. Nivellement des
mŽtaphores par la modulation, voire la transposition des mŽtaphores
Žconomiques, substitutions lexicales esthŽtisantes (ex :
Ç azur È pour Ç ciel È, Ç mes pensers È
pour Ç thoughts È, plus rare, Ç insectes È pour
Ç worms È, pour Žviter l'image trop choquante, sans doute,
dans un souci de bon gožt) : Lafond cde aussi souvent ˆ la
tentation d'ajouter des expressions lexicalisŽes et autres images -
clichŽs, sans doute parce qu'il les juge plus poŽtiques dans le gožt du
XIXe sicle. Ces traits se retrouvent dans la traduction du sonnet
27, dont voici les deux derniers tercets : Heureux ! quand j'aperois, par les yeux de mon ‰me, Votre forme appara”tre aux plis de mon rideau, Et dans l'obscuritŽ briller comme un joyau ! La nuit est belle alors ; mais vous voyez, madame, Qu'il n'est point de repos, au dedans, au dehors, Ni la nuit ni le jour, pour mon ‰me ou mon corps. [27]
Lafond ajoute la mention du rideau, absent de l'original, qui
rend concret, voire banal, la scne de la rverie, par l'invocation de
cet ŽlŽment domestique. En outre, il fait dispara”tre du passage les
formulations oxymoriques qui lui Žtaient spŽcifiques : Ç makes
black night beauteous È devient simplement Ç la nuit est
belle alors È (avec la mme tendance dans le prŽcŽdent tercet, avec
l'omission de Ç ghastly night È). C'est d'ailleurs une
constante de Lafond que d'Žviter ce qui pourtant faisait l'une des
caractŽristiques essentielles des sonnets shakespeariens, les
antithses. Le sonnet XXXIV (sonnet 102 chez Shakespeare) est
particulirement reprŽsentatif de cette tendance, puisqu'il omet
totalement les effets de balancements antithŽtiques, ainsi dans le
premier vers, Ç Mon amour est plus grand qu'il n'a jamais
ŽtŽ È (p. 36), pour le vers anglais : Ç My love is
strengthen'd, though more weak in seeming È. Or on sait
l'importance de l'oxymore et de l'antithse dans la poŽtique
nŽo-pŽtrarquiste, qui se trouve de ce fait quelque peu dŽnaturŽe dans la
version de Lafond. La traduction du sonnet 130 (XLIII) est
reprŽsentative de ces constants gauchissements imposŽs ˆ une poŽtique
maniŽriste, puisque le traducteur y gomme en effet les effets
d'antithse et de balancement : Je ne compare pas les yeux de ma ma”tresse Au soleil, ni sa lvre au corail, ni son teint Ë la neige qui brille aux rayons du matin, Ni ses cheveux aux flots que la brise caresse. [28] Les parallŽlismes et effets d'antithses sont gommŽs par le recours ˆ la prŽtŽrition simple.
La banalisation qui rŽsulte de cette entreprise de
normalisation est particulirement visible dans le sonnet 57, o
l'amplification de l'image originelle de l'esclavage est poussŽe jusqu'ˆ
un point extrme. Le sonnet shakespearien est ˆ cet Žgard assez
sobre : Being your slave, what should I do but tend Upon the hours and times of your desire ? I have no precious time at all to spend, Nor services to do, till you require. (p. 249) Lafond s'empare de la mŽtaphore de l'esclave et la file de manire excessive : Je suis votre esclave, eh bien ! l'esclave attend L'heure de vos dŽsirs, ™ ma”tresse chŽrie ! Pour penser ˆ lui-mme, il n'a pas un instant : Ses heures sont ˆ vous, commandez ˆ sa vie. (p. 16)
Il faut noter ici la sentimentalisation, le pathos ajoutŽ au
texte shakespearien, autre constante, on l'a vu. Cette inflation
sentimentale se traduit par la prŽdilection pour l'exclamation (points
d'exclamation, interjections comme Ç oh È ou
Ç hŽlas È, voire l'interjection plus poŽtique
Ç ™ È), l'ajout de termes affectifs, par exemple
Ç ma”tresse chŽrie È (comme dans l'exemple ci-dessus) ou
Ç cher ange que j'adore È (pour un simple Ç sweet
love È, sonnet XXIII / sonnet 76). On la trouve aussi au sonnet
XVIII, o le locuteur des sonnets de Lafond semble presque
larmoyer : Oui, j'appelle la mort ! tant je suis las de voir La luxure impudente et d'oripeaux parŽs... ... Oui ! de ce lieu maudit, demeure mal famŽe,
Je
fuirai, en m'offrant moi-mme au coup
fatal,
Si je n'y devais pas laisser ma bien-aimŽe. (p. 20)
Dans cet exemple, on note que Lafond procde ˆ
l'amplification du tercet final pour mŽnager sa chute. Un autre exemple
particulirement probant de sentimentalisation concerne le sonnet 110,
avec la double image ajoutŽe par le traducteur du paradis perdu et de
l'enfant prodigue Ñ images pathŽtiques absentes de l'original : Au paradis perdu mon ‰me est revenue, De toi, l'enfant prodigue attend la bienvenue, Reois-moi dans tes bras, et je suis pardonnŽ. [29] Lafond plaque ainsi sur l'original deux lieux communs particu-lirement reprŽsentatif de la littŽrature sentimentale.
Le projet traductif de Lafond peut laisser le lecteur
scrupuleux sceptique. Du point de vue de l'exactitude, sa traduction
prŽsentŽ des ratŽs magnifiques. Sa version du sonnet 116, par exemple,
para”t un peu pathŽtique dans sa tentative de rendre les diallitŽrations
en Ç s È et en Ç c È de l'original : L'amour se rit du Temps, bien que lis, Ïillets, roses, Frais visages, front purs, fleurs au matin Žcloses, Tout soit, comme un foin mžr, par sa faux moissonnŽ. [30]
Cependant, cette tentative, aussi imparfaite soit-elle,
tŽmoigne de la sensibilitŽ de Lafond aux effets rhŽtoriques et
littŽraires de son original. Lafond n'hŽsite pas, de fait, ˆ dŽplacer
les ŽlŽments discursifs, ˆ manipuler sa matire textuelle, voire ˆ
dŽplier une pensŽe jugŽe trop resserrŽe, mais c'est presque toujours
pour prendre en compte la spŽcificitŽ de l'original en en transposant
les effets poŽtiques. Certaines tentatives sont trs rŽussies, mais
elles oprent gŽnŽralement ˆ l'Žchelle du vers ou mme d'un fragment de
vers. Ainsi, la traduction des derniers vers du sonnet XXIII (sonnet 76
chez Shakespeare), par exemple, convainc par sa limpiditŽ : So all my best is dressing old words new, Spending again what is already spent : For as the sun is daily new and old, So is my love still telling what is told. (p. 268) J'habille de vieux mots, que pourrais-je de mieux ? Avec le mme argent je paye encor ma dette ; Le soleil n'est-il pas ˆ la fois jeune et vieux ? Ce que d'autres ont dit, mon amour le rŽpte... (p. 23)
En tant que projet traductif, la version de Lafond, qui est
nourrie d'Žchos ˆ la poŽsie franaise qui lui est contemporaine (Hugo et
Lamartine, notamment), est marquŽe par une poŽtisation dŽlibŽrŽe, ainsi
que par son conservatisme idŽologique. Mais elle tŽmoigne d'une
tentative de rŽhabiliter le sonnet comme genre de l'intime, dans un
contexte immŽdiat pourtant peu favorable ˆ la traduction en vers de la
poŽsie. MalgrŽ tout l'intŽrt qu'elle peut prŽsenter, son influence fut
cependant trs limitŽe : ds l'annŽe suivante paraissait celle de
Franois-Victor Hugo, qui allait durablement orienter la tradition
traductive dans une autre direction, celle de la traduction en prose
romantique. ------------------------------------------------------------------------ [1] Les Sonnets de Shakespeare traduits en vers franais, par Alfred Copin, Paris : A. Dupret, 1888, p. 21. [2] Les Sonnets de William Shakespeare, traduits pour la premire fois en entier, Paris, Michel LŽvy, 1857.
[3] Sur l'importance de cette traduction, voir entre autres
Jean Gillet, Le Paradis perdu dans la littŽrature franaise de Voltaire ˆ
Chateaubriand, Lille : Publications de l'UniversitŽ de Lille III,
1980 et Antoine Berman, La traduction et la lettres ou l'auberge du
lointain, Paris : Le Seuil, 1999, p. 104-114. [4] Po‘mes et Sonnets de William Shakespere, Paris, Typographie de Ch. Lahure, 1856.
[5] Ce dŽbat n'est pas sans jouer un r™le non nŽgligeable
dans l'Žmergence contemporaine de la poŽsie en prose. Cf. Christian
Leroy, La poŽsie en prose franaise du XVIIe sicle ˆ nos jours :
Histoire d'un genre, Paris, Champion, 2001 ; Nathalie
Vincent-Munnia, Les premiers pomes en prose : gŽnŽalogie d'un
genre dans la premire moitiŽ du XIXe sicle, Paris, Champion,
1996 ; et ouvrage collectif sous la direction de Nathalie
Vincent-Munnia, Simone Bernard-Griffiths et Robert Pickering, Aux
Origines du pome en prose franais (1750-1850), Paris, Champion, 2003.
[6] On sait la diffŽrence qu'Antoine Berman fait, ˆ juste
titre, entre les premires traductions et les re-traductions : ce
sont des textes qui occupent des positions diffŽrentes dans le
polysystme littŽraire (La traduction et la lettre ou l'auberge du
lointain, op. cit., p. 97). [7] Ïuvres
compltes de Lord Byron, trad. Benjamin Laroche, 3e Ždition, Paris,
Charpentier, 1838, Ç Avis du traducteur Ç , n. p.
[8] Voir La Traduction des genres non romanesques au XVIIIe
sicle, textes rŽunis par Annie Cointre et Annie Rivara, Metz,
Publications du Centre d'ƒtudes de la traduction, 2003 ; p. 386.
[9] Ç Remarques Ç , in John Milton, Le Paradis perdu
[1836], trad. Franois-RenŽ de Chateaubriand, Paris, Belin, 1990, p.
101. [10] Remarques au Paradis perdu, p. 111.
[11] Delille Žcrit encore ˆ propos de la t‰che Žthique du
traducteur : Ç le devoir le plus essentiel du traducteur, celui qui
les renferme tous, est de chercher ˆ produire dans chaque morceau le
mme effet que son auteur. [...] Quiconque se charge de traduire,
contracte une dette ; il faut, pour l'acquitter, qu'il paie, non
avec le mme monnoie, mais la mme somme : quand il ne peut rendre
une image, qu'il y supplŽe par une pensŽe ; s'il ne peut peindre ˆ
l'oreille, qu'il peigne ˆ l'esprit [...] ; en sorte qu'il
s'Žtablisse par-tout une juste compensation, mais toujours en
s'Žloignant le moins qu'il sera possible du caractre de l'ouvrage et de
chaque morceau. [...] c'est sur l'ensemble et l'effet total de chaque
morceau, qu'il faut juger de son mŽrite. Ç (Ïuvres compltes de J.
Delille, Sixime Ždition, Paris, Chez Firmin Didot, 1870, p. 309). [12] Ibid., p. 308-09.
[13] Dante, PŽtrarque, Michel-Ange, Tasse : Sonnets
choisis, trad. Ernest et Edmond Lafond, Paris, Comptoir des imprimeurs,
1848, p. viii. [14] Ç Ces sonnets
pourraient s'appeler : les Confessions de Shakespeare [...]. Avec
ces sonnets nous assisterons ˆ ses amours, ˆ ses jalousies, ˆ ses joies,
ˆ ses peines, ˆ ses espŽrances, ˆ ses dŽsillusions, ˆ ses amitiŽs, ˆ sa
misanthropie, enfin ˆ son dŽcouragement profond, puis tout ˆ coup ˆ sa
superbe confiance dans l'immortalitŽ de son gŽnie Ç (Les Sonnets de
Shakespeare traduits en vers franais, Paris, A. Dupret, 1888, p. 6). [15] Ïuvres compltes de Shakspeare, op. cit., t. I, p. 147.
[16] Il faut noter qu'ˆ cette date, la dŽfaveur du sonnet
est ˆ mettre au passŽ, gr‰ce ˆ l'influence de Baudelaire, entre autres. [17] Ernest Lafond, Sonnets aux ƒtoiles, M‰con, ƒdition ElzŽvir, ex typis Protat, 1881, PrŽfaces, p. xv-xvi. [18] Les Sonnets de William Shakespeare, p. 33.
[19] Cette pratique ne dispara”t pas avec le XXe sicle,
puisque Fernand Baldersperger fera de mme encore en 1943 (Les Sonnets
de Shakespeare, traduits en vers franais et accompagnŽs d'un
commentaire continu, Berkeley et Los Angeles, University of California
Press, 1943). [20] PubliŽs ˆ Paris, chez
J. Hertzel, successivement en 1863, 1864 et 1865 (les deux derniers
Žtant publiŽs la mme annŽe). [21] Etudes
sur la vie et les Ïuvres de Lope de Vega, Paris, Librairie Nouvelle,
1857 ; Notre-Dame des potes, choix de poŽsies lyriques composŽes
en l'honneur de la Vierge Marie, traduites en vers, par Ernest Lafond,
suivies d'extraits de drames et de pomes consacrŽs Žgalement ˆ la
Vierge et de diverses notices biographiques, Paris, Victor PalmŽ 1879. [22] Sonnets aux Žtoiles, op. cit. ; Les dernires pages, M‰con, imprimerie de Protat frres, 1881.
[23] Notamment une pice hagiographique, DorothŽe, Vierge et
martyre, Paris, Bray et Retaux, 1873, et des rŽcits de voyage dans
l'Angleterre et l'Italie catholique (par exemple, De la Renaissance
catholique en Angleterre, Souvenirs de voyage, Barmounty Manor, Paris,
Comon, 1849). Il est prŽsident de l'Ïuvre du denier de Saint-Pierre, et ˆ
sa mort, il est propriŽtaire de l'h™tel de Gallifret, rue de Grenelle,
et fait construire un extravagant ch‰teau Renaissance ˆ Pouilly-FuissŽ
(encore visible). Ernest Lafond lui est trs liŽ, puisqu'il publie avec
lui les traductions de l'italien de 1848.
[24] Ç O, none, unless this miracle have might, / That in black ink my
love my still shine bright. Ç (The Poems, ed. David Bevington (Toronto,
New York : Bantam Books, 1988), p. 257). Toutes les citations des
Sonnets sont tirŽes de cette Ždition.
[25] Lafond, p. 7. Ç If thou survive my well-contented day / When that
churl Death my bones with dust shall cover, / And shalt by fortune once
more re-survey / These poor rude lines of thy deceased lover... Ç (p.
224) [26] Lafond, p. 6, Shakespeare, p. 221.
[27] Lafond, sonnet III, p. 5. Ç Save that my soul's
imaginary sight / Presents thy shadow to my sightless view, / Which,
like a jewel hung in ghastly night, / Makes black night beauteous and
her old face new. / Lo, thus by day my limbs, by night my mind, / For
thee and for myself no quiet find Ç (Shakespeare, p. 219).
[28] Lafond, p. 45. Shakespeare insistait quant ˆ lui aux
oppositions termes ˆ termes : Ç My mistress' eyes are nothing
like the sun ; / Coral is far more red than her lips' red : /
If snow be white, why then her breasts are dun ; / If hairs be
wires, black wires grow on her head È. (p. 322).
[29] Lafond, p. 39. Ç Then give me welcome, next my heaven
the best, / Even to thy pure and most most loving breast. Ç
(Shakespeare, p. 302) Pour un autre ajout d'image pseudo-poŽtique qui
banalise l'expression, on peut aussi voir le sonnet 33, o Shakespeare
dŽcrit le matin Ç Gilding pale streams with heavenly alchemy È (v.
4) ; sous la plume de Lafond, le soleil mle Ç ses flots d'or ˆ
largent des ruisseaux È (v. 4, sonnet VI, p. 8).
[30] Sonnet XXXIX, p. 41. Ç Love's not Time's fook, though
rosy lips and cheeks / Within his bending sickle's compass come Ç (p.
308). | |