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COMITƒ DE LECTURE
Mireille Bousquet
Ç faire un petit monde È
le mot et l'innommable dans l'Ïuvre de Samuel Beckett
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 e travail est parti de l'impression que la rŽflexion critique de Samuel Beckett sur le langage dŽmarre ˆ partir de la question du mot, et la travaille tout au long de l'Ïuvre. J'entends ici Ç word È, au sens littŽral, car le terme est ainsi posŽ jusque dans un des derniers textes de Beckett, What is the Word ? [1], traduction anglaise de Comment dire [2]. Mais la question du mot recouvre pour moi une problŽmatique de discours et non de nomination.
 
Trs t™t, dans la trs citŽe et trs commentŽe Ç Lettre ˆ Axel Kaun È ou Ç German letter È (qualifiŽe de Ç bilge È [btise] ˆ l'occasion par Samuel Beckett lui-mme), il Žnonce ce qui ressemble beaucoup ˆ un programme poŽtique : il se plaint de la nature vicieuse du mot, de sa surface matŽrielle et affirme la volontŽ d'atteindre ˆ une littŽrature du Ç non-mot È (Ç unword È), littŽralement du mot dŽfait, ce qui n'est peut-tre pas exactement un Ç non-mot È ? (dans la version originale en allemand : Ç Literatur des Unworts È)
 
Is there something paralysingly holy in the vicious nature of the word that is not found in the elements of the other arts ? Is there any reason why that terrible materiality of the word surface should not be capable of being dissolved, like for example the sound surface, torn by enormous pauses, of Beethoven's seventh Symphony, so that through whole pages we can perceive nothing but a path of sounds suspended in giddy heights, linking unfathomable abysses of silence ? [...] At first it can only be a matter of somehow finding a method by which we can represent this mocking attitude towards the word, through words. In this dissonance between the means and their use it will perhaps become possible to feel a whisper of that final music or that silence that underlies All. [...] On the way to this literature of the unword, which is so desirable to me, some form of Nominalist irony might be a necessary stage. [3]
 
Il faut noter ici, au-delˆ de la plainte Žmise ˆ l'encontre du mot, de sa nature vicieuse, de sa matŽrialitŽ, et au-delˆ de l'aspiration ˆ cette littŽrature du Ç non-mot È qui passerait par la moquerie ˆ l'Žgard du mot, les remarques qui lient la question du langage aux autres arts, peinture et musique, et Žgalement le fait que la question du silence est envisagŽe ici comme partie prenante du langage. Le premier roman de Beckett propose dŽjˆ cette thŽorie du silence comme expŽrience de lecture :
 
The experience of my reader shall be between the phrases, in the silence, communicated by the intervals not the terms, of the statement, between the flowers that cannot coexist, the antithetical (nothing so simple as antithetical) seasons of words, his experience shall be the menace, the miracle, the memory, of an unspeakable trajectory. [4]
 
J'en tire la premire observation que, pour Samuel Beckett, la question du langage ne va pas sans la question de l'art, mais ce qui devient problŽmatique alors c'est la Ç nature du mot È. Si le mot sert ˆ nommer, figurer, reprŽsenter, alors l'Žcrivain doit choisir ses mots avec rigueur. A cet Žgard, le dŽmenti du narrateur de L'Innommable est trs clair : Ç J'appelle a le matin, c'est a tergiverse encore un peu, j'appelle a le matin, je n'ai pas beaucoup de mots, je n'ai pas beaucoup de choix, je ne choisis pas, le mot est venu [...] È [5]. Il n'y a pas de choix ; les mots adviennent. La question alors serait : Ç comment ? È, c'est-ˆ-dire que la question du mot reviendrait ˆ comment dire, ˆ la question du dire et non du mot.
 
Tant™t on assiste ˆ une sorte de constat d'Žchec quant ˆ l'usage des mots, dans L'Innommable par exemple, un dŽni de leur capacitŽ ˆ dire la rŽalitŽ qui rappelle les considŽrations Žmises dans Watt sur le rapport dŽnigrŽ au langage : Ç Il n'y a pas de jours ici, mais je me sers de la formule. È [6] L'attention portŽe aux termes du discours oblige ˆ reconsidŽrer leur signification dans une phrase anodine comme celle-ci : Ç Je fus surpris, le mot n'est pas trop fort. È [7] Mais le discours reste un problme de mots pour le narrateur de L'Innommable :
 
La mŽmoire notamment, dont je pensais devoir m'interdire l'usage, va avoir son mot ˆ dire, le cas ŽchŽant. C'est au bas mot mille mots sur lesquels je ne comptais pas. J'en aurai peut-tre besoin. [8]
It all boils down to a question of words, I must not forget this, I have not forgotten it [...] [9]
Unfortunately it's a question of words, of voices, one must not forget that, one must try and not forget that completely, of a statement to be made, by them, by me, some slight obscurity here, it might sometimes almost be wondered if all their ballocks about life and death is not as foreign to their nature as it is to mine [...] [10]
 
On peut considŽrer comme une bonne partie de la critique que, avec Worstward Ho, ce projet d'une littŽrature du Ç non-mot È aura ŽtŽ accompli [11]. Ce n'est pas tant l'aboutissement qui m'intŽresse ici, mais le trajet. Je vois se dessiner un parcours de l'Ïuvre o la question du mot appara”t rŽgulirement avec insistance, est mise en Žvidence comme questionnement sur la nature et le fonctionnement du langage et prŽsente peut-tre une Žvolution qui permettrait de saisir quelque chose du travail du discours. En d'autres termes, la question du mot, qui va de pair avec la question du savoir des narrateurs, se prŽsente comme l'un des sujets de l'Ïuvre. Pour Bruno ClŽment : Ç De Watt ˆ Worstward Ho, donc, l'Ïuvre de Samuel Beckett raconte [...] entre autres histoires, celle des rapports des personnages (narrateurs ou non) avec les mots È [12]. Son analyse l'amne ˆ considŽrer que cette problŽmatique se dŽplace vers le sujet : Ç les mots ne visent plus l'objet, mais sont devenus l'espace du sujet È [13]. Mais cette approche semble tirer la question du sujet vers la mme nŽgativitŽ que celle avec laquelle la question du langage est ŽvoquŽe :
 
Le problme des mots, du mot, n'est jamais aussi technique qu'il le para”t parfois (dans les Žlucubrations de Watt, par exemple) : il n'y a plus de place, cette disparition de l'objet une fois avŽrŽe [...], que pour l'absence construite et concertŽe du sujet. Les mots ne sont dits subsister, dans leur existence opini‰tre et douloureuse, ne sont mme prŽsentŽs comme Ç f‰cheux È que pour permettre que s'Žnonce une position symŽtrique du sujet [...] [14]
 
Cette approche n'est finalement pas si ŽloignŽe de celle de Blanchot, pour qui :
 
Les mots, nous le savons, ont le pouvoir de faire dispara”tre les choses, de les faire appara”tre en tant que disparues, apparence qui n'est que celle d'une disparition, prŽsence qui, ˆ son tour, retourne ˆ l'absence par le mouvement d'Žrosion et d'usure qui est l'‰me et la vie des mots, qui tire d'eux lumire par le fait q'ils s'Žteignent, clartŽ de par l'obscur. Mais ayant ce pouvoir de faire se Ç lever È les choses au sein de leur absence, ma”tres de cette absence, les mots ont aussi pouvoir d'y dispara”tre eux-mmes, de se rendre merveilleusement absents au sein du tout qu'ils rŽalisent, qu'ils proclament en s'y annulant, qu'ils accomplissent Žternellement en s'y dŽtruisant sans fin [...]. [15]
 
Mme si le discours beckettien parle des mots, par la voix des narrateurs qui s'en plaignent, doit-on pour autant y voir se construire une pensŽe nŽgative ou sacralisante du langage ? Je proposerais au contraire qu'il n'y a pas de fŽtichisation du langage ni du mot chez Beckett, malgrŽ les apparences de l'ŽnoncŽ, et qu'il faudrait Žviter de le lire au pied de la lettre, en prenant trop au sŽrieux les ricanements des narrateurs, en oubliant d'Žcouter le travail de l'Žnonciation. Car c'est ainsi qu'on risque d'en arriver ˆ penser que Beckett s'efforce bien d'en sortir, du langage, ce qui serait logique ˆ force de s'en plaindre ! L'innommable y Žtant affirmŽ par la bouche des narrateurs eux-mmes, il est tentant d'y tirer l'Ïuvre entire puisque c'est bien ce qu'elle semble dire : Ç Name, no, nothing is namable, tell, no, nothing can be told, what then, I don't know, I shouldn't have begun. È [16]
 
Pourtant cette mise en Žvidence, souvent ironique et donc distante qui parcourt les textes, d'un problme liŽ au mot, alerte le lecteur et rend la lecture attentive ˆ ce problme de langage, et ainsi l'engage dans une rŽflexion critique sur le processus en cours. Aussi les lectures traditionnelles, qui renvoient l'Žcriture de Beckett du c™tŽ des problmes de rapport fiction Ð rŽalitŽ, vŽritŽ Ð mensonge [17], ne prennent pas en compte qu'il ne peut y avoir tromperie dans ce discours s'il pose clairement les rgles du jeu discursif. Question que pose avec insistance la fin de Molloy : Ç Then I went back into the house and wrote, It is midnight. The rain is beating on the windows. It was not midnight. It was not raining. È [18] Or justement la vŽritŽ du discours littŽraire ne peut se situer qu'ˆ partir de ce discours mme. La seule vŽritŽ concevable en littŽrature ne peut tre que la vŽritŽ du discours lui-mme, et non une vŽritŽ extŽrieure (laquelle d'ailleurs ?) ˆ laquelle on viendrait mesurer une pseudo duplicitŽ du Ç mensonge littŽraire È. Car ces lectures qui tendent vers la nŽgativitŽ fondamentale du langage, en arrivent ˆ penser sa destruction, son anŽantissement inŽluctable comme allant de pair avec une sacralisation non moins nŽgative :
 
ce ne sont plus les mots qui sont les instruments de l'Žcrivain, mais l'Žcrivain celui des mots. Son texte en s'Žcrivant se sacralise et rŽussit ˆ imposer l'idŽe que, comme Dieu a besoin des hommes, la parole a besoin de Samuel Beckett. Les mots, comme Godot, sont toujours pour demain. Chacun d'entre eux doit donc donner l'impression que son voisin (celui qui va le suivre ou celui, dŽjˆ lu, sur lequel on va faire retour) est plus juste, plus prŽcieux que lui pour l'Ïuvre ; doit laisser entendre qu'un autre, qui n'a pas ŽtŽ choisi (parce qu'il s'est dŽrobŽ, ou parce que l'auteur s'est laissŽ gagner par le dŽgožt, la paresse, l'impuissance), aurait mieux fait l'affaire (on ne sait laquelle) [19].
Ce retour critique sur sa propre Žnonciation a pour fonction de mettre en scne, de figurer l'infigurable : le langage et l'acte crŽateur, qui sont insŽparablement associŽs. Et j'entends par lˆ le dire au sens de Benveniste : toujours ˆ neuf.
 
 
L'ironie nominaliste
 
Dans Watt, l'ironie nominaliste sans doute est ˆ l'Ïuvre. La scne du Ç pot È qui consacre la rupture de la relation du mot et de la chose, doit-elle tre lue comme la rŽalisation pour Watt d'une impossible adŽquation entre le monde et le langage ou ne fait-elle qu'illustrer le fait que le mot ne fait pas le langage, ce qui est tout ˆ fait autre chose ? C'est bien sžr cette dernire hypothse que je souhaite dŽvelopper, parce qu' il y a une cohŽrence dans l'Ïuvre de Samuel Beckett sur cette question, que le pot n'est pas un incident isolŽ et doit tre lu avec d'autres textes, comme Molloy, The Unnamable, Stirrings Still, Ping aussi sans doute, et l'incroyable dernier texte Žcrit par Samuel Beckett (ce qui fait penser que cette question est une obsession jusqu'ˆ la fin) ce court pome intitulŽ What is the Word ?, traduction de Comment dire. Je note au passage la relation Ç word È et Ç dire È, intŽressante et problŽ-matique car soit il y a un dŽplacement en franais du Ç mot È au Ç dire È, soit ils sont assimilables pour Beckett ? Premier problme qui se pose ici : la dŽmarche devrait-elle tre de travailler le mot et le dire dans un rapport critique, en les distinguant soigneusement, ou au contraire peut-on partir du principe qu'il s'agit d'un signe que le mot et le dire valent l'un pour l'autre dans le discours beckettien ?
 
Le mot est ainsi frŽquemment mis en avant, en tant que tel, pour mieux le dŽnigrer, mieux faire valoir son inanitŽ. Les plaintes des narrateurs ˆ l'Žgard des mots sont frŽquentes. En effet les mots, au long de l'Ïuvre, il en est toujours question : bien souvent les mots manquent. Winnie, dans Happy Days en fait le constat : Ç Words fail, there are times when even they fail. È [20] Dans Soubresauts / Stirrings Still, c'est ce mot perdu qui semble tre ici le point de dŽpart du discours : Ç So on till stayed when to his ears from deep within oh how and here a word he could not catch it were to end where never till then. È / Ç Ainsi allait avant de se figer ˆ nouveau lorsqu'ˆ ses oreilles depuis ses trŽfonds oh qu'il serait et ici un mot perdu que de finir lˆ o jamais avant È [Je souligne]. Au thމtre comme dans la fiction, cette problŽmatique parcourt l'Ïuvre :
 
B : Shit ! Where's the verb ?
A : What verb ?
B : The main !
A : I give up. [21]
 
Mrs Rooney : Do you find anythingÉ bizarre about my way of speaking ? [Pause] I do not mean the voice. [Pause] No, I mean the words. [Pause. More to herself] I use none but the simplest words, I hope, and yet I sometimes find my way of speaking veryÉ bizarre. [22]
 
Finally he said, I have had word from Ð and here he named the dear name Ð that I shall not come again. I saw the dear face and heard the unspoken words [...] [23]
 
Ailleurs, les mots ne veulent rien dire ou ont ŽtŽ oubliŽs, et semblent arbitraires, comme les noms : Ç And suddenly I remembered my name, Molloy È [24] . Le sens des mots est mis en doute, voire la non-connaissance du sens est mme revendiquŽe : Ç I should mention before going any further, any further on, that I say aporia without knowing what it means È [25].
 
Le travail du discours bien sžr ne porte pas uniquement sur le mot, il y a travail du rythme, syntaxe, ponctuation, etc. Mais le mot pse comme une conscience toujours prŽsente d'un poids mort, comme le symbole agaant d'un rapport de force gŽnŽral avec le langage, comme la marque, la trace emblŽmatique d'un questionnement, d'une remise en question du fonctionnement du langage. Samuel Beckett est souvent rangŽ dans la catŽgorie des Žcrivains qui, comme Virginia Woolf, ne croient plus au langage, sont dans un rapport d'insatisfaction avec leur mŽdium. Mais ne plus croire au langage, qu'est-ce que cela peut vouloir dire pour un Ç Žcrivain È, et pourquoi continuer ˆ Žcrire alors ? C'est plut™t que le langage est peru comme un obstacle ˆ un dire nouveau. Ce que la musique et la peinture ont produit, il semble que le langage interdirait d'y atteindre pour la littŽrature. Le mot ne fait pas le langage, mais le langage est constituŽ de mots qui ne veulent plus, ne peuvent plus rien dire de nouveau. [26] Aussi, comme il est impossible, pour le langage, de faire sans les mots, le travail va consister ˆ Ç se moquer des mots, ˆ travers les mots È [27]. C'est l'ironie nominaliste de Watt, l'exposition d'une mise en crise de la pratique du langage, une sorte de scne primitive pour le personnage beckettien, porte-parole de la voix de son ma”tre. Cette exposition se fait dans la moquerie :
 
But he desired words to be applied to his situation, to Mr Knott, to the house, to the grounds, to his duties, to the stairs, to his bedroom, to the kitchen, and in a general way to the conditions of being in which he found himself. For Watt now found himself in the midst of things which, if they consented to be named, did so as it were with reluctance. And the state in which Watt found himself resisted formulation in a way no state had ever done, in which Watt had ever found himself, and Watt had found himself in a great many states, in his day. Looking at a pot, for example, or thinking of a pot, at one of Mr Knott's pots, of one of Mr Knott's pots, it was in vain that Watt said, Pot, pot. Well, perhaps, not quite in vain, but very nearly. For it was not a pot, the more he looked, the more he reflected, the more he felt sure of that, that it was not a pot at all. It resembled a pot, it was almost a pot, but it was not a pot of which one could say, Pot, pot, and be comforted. It was in vain that it answered, with unexceptionable adequacy, all the purposes, and performed all the offices, of a pot, it was not a pot. And it was just this hairbreadth departure from the nature of a true pot that so excruciated Watt. For if the approximation had been less close, then Watt would have been less anguished. For then he would not have said, This is a pot, and yet not a pot, no, but then he would have said, This is something of which I do not know the name. And Watt preferred on the whole having to do with things of which he did not know the name, though this too was painful to Watt, to having to do with things of which the known name, the proven name, was not the name, any more, for him. For he could always hope, of a thing of which he had never known the name, that he would learn the name, some day, and so be tranquillized. But he could not look forward to this in the case of a thing of which the true name had ceased, suddenly, or gradually, to be the true name for Watt. [28]
         
Le mot Ç pot È est semble-t-il vide de sens, pourtant le pot lui-mme, le vrai, se vide et se remplit sans arrt de la nourriture de Mr Knott, et il doit bien en tre autant du mot, qui se vide et se recharge de sens, au cours du discours affolŽ du narrateur. Il est incroyable et paradoxal que ce constat de rupture entre le mot et la chose (disons le ainsi pour l'instant) donne lieu ˆ une telle prolifŽration verbale. D'un c™tŽ, un mot vidŽ de rŽfŽrence, de sens, Ç pot È, de l'autre la chose Ç one of Mr Knott's pots È renvoyŽe sur le plan de l'innommable. Pourtant il faut bien constater que cela n'entrave nullement le dire, le discours de l'Ïuvre ; au contraire la prise de conscience de cet arbitraire du signe est bien plut™t l'occasion d'une vŽritable jouissance verbale. Lˆ o la langue a dŽcollŽ semble-t-il le recto-verso du signe [29], le discours construit et invente un nouvelle signifiance o Ç pot È prend sa valeur en relation avec Ç Knott È, et Žgalement Ç not È. Le paradoxe ici est que si la langue dŽfait le lien entre le Ç pot' et Knott, le discours parvient ˆ le reconstruire. Dans Watt, Ç pot È et Ç Knott È apparaissent comme indissociablement rŽunis dans la mme nŽgativitŽ : Ç not a pot È contaminant Ç Knott's pots È dans une surenchre de nŽgation qui en devient comique.
 
 
Watt, dans la foulŽe, se renvoie la question du lien entre un autre mot Ç homme È, Ç man È et lui-mme, Watt.
 
So he continued to think of himself as a man, as his mother had taught him, when she said, There's a good little man, or, There's a bonny little man, or, There's a clever little man. But for all the relief that this afforded him, he might just as well have thought of himself as a box, or, an urn. (80)
 
Mais est-ce bien son humanitŽ que Watt remet ainsi en doute ou plut™t la dŽfinition Ð rŽduction sche, stŽrile et frustrante de Watt en Ç man È, en un mot, alors que, pourtant, Watt fait ses 255 pages, il est donc tellement plus qu'un mot ! La leon ici serait que le sens n'existe que pris dans un discours, construit par ce discours et non dans l'Žquivalence d'un mot ˆ un rŽfŽrent. Sur le mode humoristique, c'est bien une critique d'une pensŽe dualiste du signe que produit le texte.
 
 
Le mot ou le dire
 
Autre piste de rŽflexion, le travail sur le mot pourrait prendre la forme d'une mise en valeur de l'accentuation, de la tonalitŽ. Ludovic Janvier rapporte cette remarque de Samuel Beckett :
 
Une autre fois il m'a dit que ce qu'il y avait de plus frappant dans l'anglais, c'Žtait que cette langue avalait les voyelles, alors que l'irlandais, non. Il voyait l'anglais comme une sorte d'avaleur, et l'irlandais comme un intermŽdiaire entre l'anglais et une autre langue Ð je ne sais pas laquelle Ð qui mettrait surtout l'accent sur ce qui, dans le mot, respire. [30]
 
Cette phrase trs Žnigmatique laisse beaucoup d'interrogations. D'abord cette autre langue ˆ laquelle il est fait rŽfŽrence, quelle est-elle : franais, italien, allemand, toutes langues qui Žtaient familires ˆ Samuel Beckett ? Qu'est-ce qui dans un mot respire : des voyelles fortement accentuŽes, prononcŽes avec insistance, ou la mise en valeur consonantique par le biais des voyelles ? Ce sont peut-tre lˆ les fameux trous que Samuel Beckett voulait forer dans le langage. Autre question : est-ce un phŽnomne qui se produit dans le mot en lui-mme, donc dans la langue, ou plut™t dans une organisation sŽmantique particulire qui va servir de rŽvŽlateur de ces respirations, c'est-ˆ-dire dans le discours ? Il faut peut-tre alors considŽrer le travail dans Watt comme un effort pour faire respirer le mot en anglais, en avaler un peu moins les voyelles, si l'on prend l'exemple d'une phrase comme Ç Looking at a pot, for example, or thinking of a pot, at one of Mr Knott's pots, of one of Mr Knott's pots, it was in vain that Watt said, Pot, pot. Well, perhaps, not quite in vain, but very nearly. For it was not a pot, the more he looked, the more he reflected, the more he felt sure of that, that it was not a pot at all. È Les rŽpŽtitions de termes Ç Knott È, Ç pot È fonctionneraient comme Žchos sonores rechargeant des voyelles qui, isolŽes, auraient ŽtŽ Ç avalŽes È. De mme, la frŽquence des virgules aurait pour fonction de crŽer des temps de pauses qui permettraient de continuer ˆ faire entendre, de faire prter davantage attention au mot ˆ mot du discours. De la mme faon, le travail sur les consonnes servirait ˆ accentuer ce qui peut l'tre en anglais dans la phrase : Ç For the pocket in which Erskine kept this key was not the kind of pocket that Watt could pick È [31].
 
Si c'est l'anglais qui pousse ˆ un travail d'accentuation de la consonne, on aurait donc bien affaire ˆ un travail sur la langue, et non sur le discours ? J'entends cette distinction au sens de Henri Meschonnic : Ç La langue ne se rŽalise donc que dans la parole Ð l'activitŽ de qui parle ou Žcrit. [...] Du point de vue du rythme, le discours est le mouvement de cette parole, o l'Žnonciateur, mais aussi l'Žpoque, la culture s'inscrivent. È [32]
 
Qu'en est-il alors du franais ?
 
Et dans ses profondeurs qui sait le fin mot enfin. Le mot fin. [33]
 
Une lande aurait mieux fait l'affaire. Mais il ne s'agit pas de mieux la faire. Il fallait des agneaux. [34]
 
Cailloux crayeux d'un effet frappant sous la lune. Supposition que par temps clair elle soit en opposition. [35]
 
En allŽe sans s'en aller. Sans revenir revenue. [36]
 
Ce qui pourrait faire croire ˆ des jeux de mots un peu faciles, pris isolŽment, (fin mot / mot fin ; l'affaire / la faire) prend sa valeur dans un texte o le discours fonctionne par Žchos et par rapprochements de termes, comme le vu et le dit, avec pour effet un travail de signifiance qui dŽborde et dŽplace le sens de chaque terme, le fait tendre vers l'indŽcidable.
 
Dans Mal vu mal dit / Ill Seen Ill Said, il y a ˆ entendre comment le Ç mal dire È (Ç Comment pour en finir enfin une dernire fois mal dire ? È) [37] travaille avec le Ç mal voir È : Ç Telle mal vue cette nuit aux champs. [...] Les yeux fermŽs le voit-elle ? È [38], et aussi avec le noir : Ç Pendant que l'Ïil couve sa pitance. Assoupi dans son noir ˆ lui. Dans le noir gŽnŽral È. [39] Et comment travaillent le voir et le dire par rapprochement de Ç ˆ voir È et Ç ˆ dire È dans Ç O plus rien ˆ voir. A dire. È [40], et par le rapprochement de Ç vus blancs È et Ç dits blancs È : Ç La caillasse luit faiblement au loin ainsi que le cabanon aux murs pour la premire fois vus blancs. Dits blancs È [41]. De mme en anglais, Ç said as seen È et Ç seen white È avec Ç said white È :
 
Seen no matter how and said as seen. [42]
The stones gleam faintly afar and the cabin walls seen white at last. Said white. [...] Such ill seen that night in the pastures. [...] Eyes closed does she see him ? [43]
What tales had they tongues to tell. Their long tale told. Such the dwelling ill seen ill said. [44]
 
Le dit est transformŽ par le vu et vice-versa, et ils doivent donc s'entendre de manire spŽcifique. Aussi, la rŽflexion sur le dire dans Ill Seen Ill Said semble s'tre dŽplacŽe par rapport ˆ ce qu'elle a pu tre dans Watt ou L'Innommable. Passage du mot au comment. Comme dans How It Is, Ç I say it as I hear it È, le dire est associŽ ˆ l'entendre. Et encore faudrait-il comparer des registres ou sŽries thŽmatiques et prosodiques dans l'Ïuvre franaise ou anglaise, comme Ç light-eye-sight È, Ç say-see-hear È, Ç voir-noir-soir È, et peut-tre une sŽrie figurŽe comme Ç word-unword-worstward È (Ç worstward È qui contient en germe Ç worstword È car il s'agit bien d'aller vers le pire mot, c'est-ˆ-dire une sorte de Ç worstwordward È ?) qui n'est pas dans le texte littŽralement mais qui appara”t en filigrane.
 
Dans Mal vu mal dit, se trouvent aussi des phrases inachevŽes, comme dans tant d'autres textes Ç Pour pouvoir reprendre. Reprendre le Ð comment dire ? Comment mal dire ? È [45]. Ici la suppression du mot Ç le Ð È est associŽe explicitement au dire, au comment dire et non ˆ la nomination. Le mot qui manque, ici, il semble que c'est bien une question de Ç comment dire È plut™t que de capacitŽ ˆ nommer.
 
Mais cette conclusion est peut-tre forcŽe par la volontŽ d'opŽrer une distinction entre le dire et le mot, distinction qui n'a peut-tre jamais existŽ rŽellement dans l'Ïuvre. On peut envisager que pour Samuel Beckett le mot a ŽtŽ trs t™t thŽorisŽ comme discours, comme thŽorie du dire et que c'est de cette manire qu'il faut entendre toute rŽflexion dans son Ïuvre prenant comme objet le mot : qu'elle vise en fait le discours, c'est-ˆ-dire le Ç comment dire È.
 
 
Le mot silence
 
La piste est d'autant plus brouillŽe que parmi les mots, certains traversent l'Ïuvre avec plus de constance que d'autre, par exemple, Ç mort È, Ç fin È, Ç silence È. Il est vite fait alors d'en conclure que c'est bien l'Ïuvre de la fin de l'homme [46] et aussi de la fin du langage, de la littŽrature, bref de la fin. Ces mots qui disent l'indicible, extraordinaire grand Žcart, produisent le miracle de dire la fin des mots avec les mots, la fin du discours avec la poursuite du discours, le silence avec les mots, la mort avec la vie, c'est-ˆ-dire, pour l'Ïuvre, avec le dire. Ce que fait le travail beckettien c'est bien, non pas nommer, car alors ce ne serait pas une Ïuvre, juste un dictionnaire, mais bien dire et arriver ainsi ˆ reprŽsenter l'irreprŽsentable. Un Ç indicible È [47] qui n'est que le mot qui manque, le mot usŽ, ˆ partir duquel s'engage le discours, le dire. Ç Fin È, Ç mort È, Ç silence È, ce sont bien des mots, ils disent ˆ la fois ce qu'ils ont l'air de dire et autre chose, car ils ne disent pas isolŽment, pris un par un : ils sont le travail du pome. Ils portent Žvidemment une charge de nŽgativitŽ, mais qui n'est pas celle du langage. D'autre part, ils sont soumis ˆ un traitement complexe. Le mot Ç fin È, par exemple, Ç end È, appara”t souvent couplŽ de Ç on È, ou Ç again È et en est ainsi transformŽ. Le titre For to End Yet Again, installe le terme de Ç end È dans un tel rŽgime de reprise avec Ç yet È et Ç again È, et de tension vers l'avant avec Ç for È et Ç to È, que Ç end È s'en trouve radicalement transformŽ et transportŽ vers quelque chose de l'ordre du commencement et non plus de la fin. Il faudrait donc aller voir de plus prs dans quels systmes de valeurs et dans quelles mises en relations, Ç mort È ou Ç silence È sont mis au travail dans l'Ïuvre.
 
Le silence, un mot sur le silence, sous le silence, a c'est le pire, parler du silence, puis m'enfermer [...] faire un petit monde [...] un petit monde, chercher comment c'est, essayer de deviner, y mettre quelqu'un, y chercher quelqu'un, et comment il est [...] ce ne sera pas moi, a ne fait rien, ce sera peut-tre moi, ce sera peut-tre mon monde [...] [48] 
 
The silence, a word on the silence, in the silence, that's the worst, to speak of silence, then lock me up, lock someone up, that is to say, what is that to say, calm, calm, I'm calm, I'm locked up, I'm in something, it's not I, that's all I know, no more about that, that is to say, make a place, a little world, it will be round, this time it will be round, it's not certain, low of ceiling, thick of wall, why low, why thick, I don't know, it isn't certain, it remains to be seen, all remains to be seen, a little world, try and find out what it's like, try and guess, put someone in it, seek someone in it [...] [49]
 
Ce qu'on peut lire dans cette association de mots, Ç silence È, Ç pour faire un petit monde È, c'est qu'il y est question de chercher, d'essayer d'y trouver le sujet. L'incertitude sans nŽgativitŽ, la recherche comme activitŽ du langage, ici c'est le discours qui crŽe le monde et le sujet. Dans l'idŽe de Ç chercher comment c'est È / Ç try and find out what it's like È c'est bien d'activitŽ langagire qu'il s'agit, associŽe ˆ la crŽation, le faire du langage pour Ç faire un petit monde È. Mais il est indŽniable que la question du silence est ambigu‘ quand le pire y est associŽ : Ç Le silence, un mot sur le silence, sous le silence, a c'est le pire, parler du silence, puis m'enfermer [...] È. De mme, la phrase finale de The Unnamable pose ce problme de lecture nŽgative : Ç it will be the silence, where I am, I don't know, I'll never know, in the silence you don't know, you must go on, I can't go on, I'll go on È. Pour lire Ç in the silence you don't know È, sans le tirer vers la nŽgativitŽ, il faut garder ˆ l'esprit que le non-savoir est une valeur positive dans l'Ïuvre. Du coup, l'association du silence au non-savoir en fait-il une valeur positive par contamination ?
 
Autre hypothse, il est possible que le silence ne possde pas systŽmatiquement la mme valeur dans l'Ïuvre ˆ chaque occurrence. Il y aurait d'un c™tŽ un discours sur le silence littŽral, l'absence de mots et de langage Ç sous le silence, a c'est le pire, parler du silence, puis m'enfermer È, Ç To restore silence is the role of objects È [50], mais aussi une autre valeur du silence pris dans le langage, positive celle-lˆ, o mots et silence seraient indissociables :
 
I say what I'm told to say, that's all there is to it, and yet I don't know, I wonder, I don't feel a mouth on me, I don't feel the jostle of words in my mouth, and when you say a poem you like, if you happen to like poetry, in the underground, or in bed, for yourself, the words are there, somewhere, without the least sound, I don't feel that either, words falling, you don't know where, you don't know whence, drops of silence through the silence, I don't feel it, I don't feel a mouth on me [...]. [51]
 
Comment dire le silence avec des mots, en l'Žvoquant bien sžr (en l'invoquant) et, en effet, le mot silence parcourt les discours des narrateurs, de la mme manire que l'aspiration ˆ la fin est sans cesse ŽvoquŽe Žgalement. Ç How many hours to go, before the next silence, they are not hours, it will not be silence, how many hours still, before the next silence ? È [52]. Mais aussi en postulant des mots prononcŽs sans le moindre son, Ç gouttes de silence ˆ travers le silence È, mais des mots qui pourtant seraient lˆ Ç the words are there È, c'est-ˆ-dire qu'il s'agit de proposer une thŽorie du langage, et bien plus de la littŽrature, comme discours capable de produire du silence, et non d'opposer silence et langage comme le fait Ihab Hassan, dans The Literature of Silence [53], par exemple. Si le silence semble dans une position aussi paradoxale, c'est peut-tre parce qu'il existe deux conceptions du silence dans l'Ïuvre qui sont mises en conflit tout au long des discours : le silence qui fait des trous dans le langage contre celui qui annonce la fin des mots :
                           
The words too, slow, slow, the subject dies before it comes to the verb, words are stopping too. [...] so long as the words keep coming nothing will have changed, there are the old words out again. Utter, there's nothing else, utter, void yourself of them, here as always, nothing else. But they are failing, true, that's the change, they are failing, that's bad, bad. Or it's the dread of coming to the last, of having said all, your all, before the end, no, for that will be the end, the end of all, not certain. [54]
 
Aussi certaines propositions restent ambigu‘s qui prŽsentent cette question avec une ironie indŽniable Ç je crois au progrs, je crois au silence È, semblant du mme coup dŽnier ce qui vient d'tre affirmŽ. L'association Ç progrs È Ð Ç silence È, tire le progrs vers une valeur nŽgative.
 
Tout a c'est des hypothses, a fait avancer, je crois au progrs, je crois au silence, ah oui, quelques mots sur le silence, puis le petit monde, a suffira [...] [55]
 
That's all hypotheses, that helps you forward, I believe in progress, I believe in silence, ah yes, a few words on the silence, then the little world, that will be enough [...] [56]
 
 
 
Le silence para”t liŽ ˆ un travail de la signifiance qui tire le discours du c™tŽ de l'indŽcidable. Sa valeur est prise entre la positivitŽ d'un mode d'Žnonciation, la trace du corps et du sujet dans le langage, mais aussi comme risque d'interruption du discours, risque de mort pour le narrateur. La critique beckettienne a rŽgulirement envisagŽ le problme du silence dans sa charge nŽgative uniquement. Il ne s'agit pas davantage de le tirer de force vers la positivitŽ. Mais d'examiner sa force critique pour sortir d'une thŽorie nŽgative et dualiste du langage qui oppose langage et silence comme par Žvidence. Dans l'Ïuvre de Beckett, il est question de Ç faire un petit monde È de mots et de silence avec toute leur force antagoniste aussi bien que symbiotique.
 
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[1] Grand Street, New-York, Vol. 9, No. 2, Winter 1990, pp.17-18.

[2] Beckett, Samuel. Comment dire. Paris, Les Žditions de Minuit, 1989.

[3] Beckett, Samuel. Disjecta, Miscellaneous Writings and a Dramatic Fragment, ed. by Ruby Cohn, New-York, Grove Press, 1984, pp. 172-173.

[4] Beckett, Samuel. Dream of Fair to Middling Women. Londres, Calder, 1992, p. 137.

[5] Beckett, Samuel. L'Innommable, Paris, Les Žditions de Minuit, 1953, p. 190.
[6] Ibid., p. 9.

[7] Ibid., p. 15.

[8] Ibid., p. 15.

[9] Beckett, Samuel. The Unnammable. In Molloy, Malone Dies, The Unnammable. Londres, Calder, 1959, p. 308.

[10] Ibid., p. 354.

[11] Locatelli, Clara. Unwording the World : Samuel Beckett's Prose Works After the Nobel Prize. University of Pennsylvania Press, 1990 : Locatelli propose une Žtude du Ç missaying È : Ç The narrative reminds us that there is always something missing in the 'said', and that this unwordable lacking can be seen, a posteriori, as the ground and origin of what is said È (p. 233).

[12] ClŽment, Bruno. L'Ïuvre sans qualitŽs : rhŽtorique de Samuel Beckett. Paris : Seuil, 1994, p. 199.

[13] Ibid., p. 199.

[14] Ibid., p. 207.

[15] Blanchot, Maurice. L'Espace littŽraire. Paris, Gallimard, 1955. RŽŽd. Folio, 1988, pp. 44-45.

[16] Beckett, Samuel. Texts For Nothing, 11, in The Complete Short Prose, 1929-1989, ed. by S. E. Gontarski, New-York, Grove Press, 1995, p. 144.

[17] Federman, Raymond. Ç Le paradoxe du menteur È, in Cahiers de l'Herne, dit que le rapport de Moran est (ou sera) frauduleux parce qu'il est postulŽ sur un fond de narration qui prŽtend passer pour la vŽritŽ, mais qui est en fait inventŽ, et par consŽquent sujet ˆ caution (p. 151)

[18] Beckett, Samuel. Molloy. Paris, les Žditions de Minuit, 1951.

[19] L'Ïuvre sans qualitŽs, op. cit., p.209.
[20] Beckett, Samuel. Happy Days, in The Complete Dramatic Works. London, Faber and Faber, 1986, p. 147.

[21] Rough For Theatre, II, in ibid., p. 243.

[22] All That Fall, in ibid., p. 173.

[23] Ohio Impromptu, in ibid., p. 447.

[24] Molloy, p. 23.

[25] The Unnammable, op. cit., p.

[26] Casanova, Pascale. Beckett l'abstracteur : anatomie d'une rŽvolution littŽraire. Paris, Seuil, 1997 : Ç L'obstacle ultime ˆ l'Žlaboration d'une littŽrature abstraite auquel Beckett va tenter de s'attaquer, et qui est aussi le fondement mme de la littŽrature traditionnelles, n'est autre que le mot. Il ne s'agit pas pour lui de rŽŽvaluer les mots Ð il ne cherche pas ˆ 'redonner un sens plus pur aux mots de la tribu' Ð, ou de ne les utiliser qu'ˆ 'bon escient' comme un bon artisan qui n'emploierait que des matŽriaux nobles, ni mme, comme certains potes l'ont tentŽ, de convertir le mot en pure sonoritŽ dŽlivrŽe du sens. La question est plut™t celle de cette fameuse adŽquation, mme arbitraire, entre le mot et la chose, l'existence inŽvitable d'un signifiŽ et d'un rŽfŽrent. Pour aller dans le sens du rien et s'obstiner sur la voie de l'Žchec comme seule possibilitŽ d'accs ˆ l'abstraction littŽraire, il lui faut inventer de nouveaux usages et du mot et de la syntaxe, fabriquer un matŽriau littŽraire inŽdit en quelque sorte, qui permette d'Žchapper ˆ la signification, c'est-ˆ-dire ˆ la narration, ˆ la reprŽsentation, ˆ la succession, ˆ la description, au dŽcor, au personnage mme, sans pour autant se rŽsigner ˆ l'inarticulation. È (pp. 146-147). Je ne suis pas d'accord avec l'idŽe qu'il s'agit d'Žchapper ˆ la signification ; je pose au contraire qu'il s'agit d'entrer dans un nouveau rŽgime de signification, au sens o Henri Meschonnic l'entend, par Ç signifiance È. La thŽorie de l'abstraction, telle que l'entend Casanova, quoique sŽduisante, pose problme car elle va de pair avec une pensŽe de la dŽsubjectivation, et reste donc ancrŽe dans une pensŽe dualiste du langage.

[27] Disjecta, op. cit. : Ç mocking attitude towards the word, through words È.(p. 172).

[28] Beckett, Samuel. Watt. Londres, Calder, 1976, p. 78.

[29] Saussure, Cours de Linguistique GŽnŽrale. Paris : Payot, 1991 : Ç La langue est encore comparable ˆ une feuille de papier : la pensŽe est le recto et le son le verso ; on ne peut dŽcouper le recto sans dŽcouper en mme temps le verso ; de mme dans la langue, on ne saurait isoler ni le son de la pensŽe, ni la pensŽe du son. È (p. 157)

[30] Janvier, Ludovic. Ç Traduire Watt avec Beckett È in Revue d'esthŽtique, numŽro spŽcial Beckett, Jean-Michel Place, 1990, pp. 57-66.

[31] CitŽ par Ludovic Janvier comme exemple de l'intraduisible dans la langue, ce qui fait une pensŽe de la traduction comme problme de langue et non de discours : Ç Pourtant l'intraduisible existe. Et demeure. Quand l'Žcho repose dans la langue, par exemple. [...] De mme quand l'Žcho rŽsulte d'une rime intŽrieure, si l'on veut d'une combinaison phonique que seule la structure de la langue autorise È, Janvier, Ludovic. Ç Au travail avec Beckett È in Quinzaine littŽraire, 11-28 fŽvrier 1969, repris dans Cahier de l'Herne, NumŽro spŽcial Samuel Beckett, Paris, 1976, pp. 103-108.

[32] Dessons, GŽrard et Meschonnic, Henri. TraitŽ du rythme, des vers et des proses, Paris, Dunod, 1998, p. 31.

[33] Beckett, Samuel. Mal vu mal dit. Paris : les Žd. de Minuit, 1981, p. 43.

[34] Ibid., p. 13.

[35] Ibid., p. 10.

[36] Ibid., p. 23.

[37] Ibid., p. 75.

[38] Ibid., p. 53.

[39] Ibid., p. 28.

[40] Ibid., p. 61.

[41] Ibid., pp. 52-53.

[42] Beckett, Samuel. Ill Seen Ill Said, in Nohow On. New-York : Grove Press, 1996, p. 66.

[43] Ibid., p. 74.

[44] Ibid., p. 74.

[45] Ibid., p. 20.

[46] voir Begam, Richard. Samuel Beckett and the End of Modernity. Stanford, University press, 1996 et Hassan, Ihab, The Literature of Silence,New-York : Alfred A. Knopf, 1967, qui traitent cette question diffŽremment.

[47] Dessons, GŽrard. L'Art et la manire : art, littŽrature, langage. Paris : Champion, 2004 : Ç En tant qu'expŽrience ordinaire de langage, l'indicible dŽsigne un intervalle entre ce qu'on dit [...] et ce qui est ˆ dire, et qui donne l'impression d'tre en avant du sens. Alors, l'indicible n'est pas mŽtaphysique, mais historique, puisqu'il renvoie ˆ cette situation de discours bien connue, o le locuteur, pour des raisons diverses, a le sentiment 'qu'il n'a pas les mots pour le dire' È (p. 323).

[48] L'Innommable, op. cit., p. 197.

[49] The Unnamable, op. cit., p. 373.

[50] Molloy, op. cit., p. 14.

[51] The Unnamable, op. cit., p. 352.

[52] Texts for Nothing, 6, op. cit., p. 125.

[53] Hassan, Ihab, The Literature of Silence : Ç his words seek to meet their death in silence at some point projected outside of the work È, p. 139 ; Ç the silence composed of the words of Beckett is more pure, and its relevance is universal. As a metaphor of certain literary qualities, it lends itself to sharper analysis. Beckett considers language as a dead habit [...] And silence, literal silence invades the interchanges between human beings È (p. 206).

[54] Texts for Nothing, 2, op. cit., p. 106.

[55] L'Innommable, op. cit., p. 199.

[56] The Unnamable,op. cit., p. 374.



Mireille Bousquet est doctorante ˆ l'UniversitŽ de Paris 8. Elle travaille ˆ une thse de doctorat de littŽrature anglaise sur Samuel Beckett, sous la direction de Claire Joubert : Ç L'Žpuisement dans l'Ïuvre de Samuel Beckett : point critique ou lieu commun ? È.